Pourquoi la République délinquante a récupéré son commis Chakib Khelil ?

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Chakib Khelil n’est un mystère que pour les esprits chastes qui répugnent à voir dans le régime qui nous dirige une pègre comparable à la Cosa Nostra. À trop vouloir trouver une cohérence politique à une décision mafieuse, on s’égare dans des conjectures bizarres, parfois grotesques, souvent contradictoires et on s’éloigne des vraies motivations du gang au pouvoir : il fallait arracher l’ancien ministre de l’Énergie du sol américain avant qu’il ne soit réclamé par la justice italienne.

Une procédure d’extradition lui pendait au nez. Les autorités américaines l’auraient livré sans aucun doute, ce qui, pour les membres honorables de la pègre dirigeante en Algérie, était le pire des scénarios. Chakib Khelil ne doit, en effet, pas parler. S’il venait à y être contraint, il livrerait des secrets lourds et fortement compromettants, qui feraient remonter l’investigation jusqu’au plus haut sommet de l’État algérien. Car Chakib Khelil n’a pas agi pour son seul profit. Il était le préposé à la rapine pour le compte d’une vaste nébuleuse politico-mafieuse qui le protégeait et qui, durant 12 ans, avait couvert ses larcins.

En 2013, l’intérêt de la Cosa Nostra algérienne était d’exfiltrer d’Algérie l’ancien ministre et sa famille, le temps de laisser passer l’émotion provoquée par la révélation des actes de pillage dans Sonatrach et de faire le ménage au sein des structures institutionnelles algériennes, c’est-à-dire d’éliminer les forces hostiles et de les remplacer par des forces amies. C’était le temps où il fallait s’efforcer à « pleurer avec le berger », le temps de la comédie hypocrite, celui où Bouteflika se lamentait publiquement d’avoir été « abusé par son ami Chakib »…Le quatrième mandat n’était pas encore assuré.

En 2016, l’intérêt de la Cosa Nostra algérienne avait changé : il était de réintroduire Chakib Khelil en Algérie, pour le soustraire à un mandat d’arrêt de la justice italienne. Les Américains l’auraient livré. Alors, vite un billet pour Oran ! L’Algérie n’extrade pas ses ressortissants. Encore moins ceux qui font partie de la bande.

La récupération de Chakib Khelil devait se réaliser par étapes, en prenant le temps nécessaire à la « sensibilisation » de l’opinion. Rien ne pressait : les échos en provenance de la justice italienne étaient assez rassurants. L’ancien ministre n’était toujours pas inculpé par les magistrats milanais et, pour tout arranger, une juge avait prononcé l’acquittement en faveur de l’ancien PDG du groupe italien Eni, Paulo Scaroni et de son entreprise dans l’affaire « Sontrach 2 ».

C’était de bon augure, puisque l’une des suspicions qui planait au-dessus  de la tête de Khelil concernait une étrange rencontre avec Scaroni dans un hôtel à Paris, ainsi que des enregistrements de certaines conversations téléphoniques entre les deux hommes. La relaxe de Scaroni libérait, de facto, Khelil des possibles charges contre lui.

Mais un retournement inattendu allait précipiter le retour de Khelil à Alger : la sixième Chambre criminelle de la Cour suprême italienne a annulé le 24 février 2016 l’acquittement prononcé le 2 novembre dernier en faveur de Scaroni. Un nouveau procès est annoncé pour le 21 mars.

Par Mohamed Benchicou

In TSA