Aït Ahmed, un an après sa disparition : lui rendre hommage, c’est maintenir le cap de la résistance

Vu par les jeunes d’aujourd’hui, il est parfois difficile de comprendre le rôle qu’a joué Hocine Aït Ahmed dans l’histoire de l’Algérie, du continent africain, du Tiers-Monde et de la Kabylie et surtout de saisir la relation spéciale et dense qu’il avait tissée avec plusieurs générations de militants. Beaucoup d’entre eux l’appelait et l’appelle encore si Lhusin ou dda Lhu.

En dépit de son immense stature morale et politique d’homme d’Etat, Hocine Aït Ahmed était quelqu’un d’extrêmement sensible et proche des gens. C’était un familier, un poète même.

Mais l’écrasante majorité des Algériens sont nés après 1962. Ils ne savent pas que Hocine Aït Ahmed a marqué de son sceau le mouvement national, la période trouble qui a connu « l’indépendance confisquée » comme le disait si bien son compagnon de lutte, Ferhat Abbas. Il a marqué également la période post-1988 qui a vu naître une ouverture démocratique mais vite refermée.

Dès l’indépendance, le tandem Ben Bella-Boumediene a interrompu les travaux de l’Assemblée Constituante tenue sous l’égide du GPRA (gouvernement Provisoire de la République Algérienne) pouvoir légal de l’époque qui donnait naissance à un système démocratique exemplaire. Cette constituante avortée restera le leitmotiv de Hocine Aït Ahmed jusqu’à la fin de ses jours. C’est pourquoi, il n’a pas toléré l’irruption d’une dictature militaire orchestrée par le sombre colonel Boumediene, un égocrate paranoïaque qui a éliminé physiquement nombre de ses opposants. En créant dès 1963 le FFS avec Si Lhafid Yaha, le colonel Sadek et beaucoup d’autres, il s’est dressé contre le putsch qui allait mettre l’Algérie sur l’orbite nassérienne, l’orbite de la dictature qui asservit la société à peine le pays libéré.

De façon constante, il a accompagné toutes les luttes menées depuis lors pour le recouvrement de la souveraineté populaire. Il était un socialiste convaincu. Non pas pour le socialisme à la soviétique qui a érigé en mode de gouvernance la bureaucratie, la tyrannie, l’étouffement de la libre-entreprise, la méfiance des autorités à l’égard du peuple mais pour un socialisme sans dogme et à visage humain.

Il a su assembler sa pensée politique avec son éthique profonde basée sur les droits de l’homme dans un contexte africain, méditerranéen et international complexe et menaçant. Lui rendre hommage aujourd’hui, c’est maintenir le cap de la résistance et de la victoire de la démocratie sur le système militaro-policier d’Alger qu’il n’a cessé de combattre.

Puisse l’anniversaire de sa disparition (23 décembre 2015) être une occasion pour tous les militants démocrates de se parler, de se réunir et pour les militants du FFS de prendre toute la mesure de leurs responsabilités et de s’ouvrir aux forces politiques du progrès (RCD, Autonomistes notamment). C’est un impératif historique sans lequel tout espoir de voir l’Algérie prendre le chemin du changement serait vain

Hocine Aït Ahmed était le premier à avoir pris conscience de la nécessaire démocratie de proximité et le premier à mettre, à cet effet, l’autonomie (personnelle, locale et régionale) en avant dans sa ligne politique (plateforme de 1979). Il faut créer maintenant les conditions de son aboutissement. C’est à ce prix que nous pourrons enfin inaugurer l’expérience du succès après tant d’épreuves.

 

 

 

 

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