Algérie: « Quatre mandats et un enterrement » par Sidali Kouidri Fillali

Sidali Kouidri Fillali est un homme bien averti sur la réalité politique, sociale et économique dont souffre l’Algérie depuis son indépendance. Notre journal Algérie France Infos publiera des articles de ce jeune à la plume d’or qui ne prend pas de détours pour livrer, d’une façon crue sur fond d’un vocabulaire riche et facile, ses lectures sur l’actualité et les mutations de notre pays. Dans cette première publication, nous mettons en ligne cette chronique qui  a pour titre Algérie: « Quatre mandats et un enterrement » par Sidali Kouidri Fillali 

Par Sidali Kouidri Filali

Une décennie noire et deux décennies sans couleurs et sans vie, qui dit mieux ? Trente ans à compter les cadavres ensuite les conneries, à comptabiliser les morts ensuite les pots de vin, à enterrer des bons et faire revivre des ratés. Dix ans à mourir au nom d’un dieu auquel on a voulu tout coller et vingt autres années à errer entre un trois quart et un frère en entier. Finalement c’est quoi la différence ? On a fait la guerre pour avoir la paix, pour finir avec une paix qui ressemble à une guerre perdue, on a troqué la république contre une monarchie et les armes contre le tramway, les frères de religion pour le frère du président et les faux barrages pour un précipice soigneusement creusé.

12729158_10208929103095043_8724549764107441174_n

Trente ans ! Pardi ! Une jeunesse, des souvenirs et l’orgasme d’une vie, mais ce n’est pas l’âge de ceux qui les ont vécu, on a l’âge de sa misère et les rides de ses vielles envies, la sagesse de ses ratés et le discours des bouches cousues, on a grandi sans passer par l’âge, sans demander aux années. L’échec est la, c’est un état d’âme et la résignation une couleur de yeux, le pays une chimère et la liberté une chanson tordue, L’Algérie est désormais beaucoup plus une maladie qu’un pays, on ne la soigne pas, on crie son dégout et on la fuit, on traine la citoyenneté comme un cadavre pourri et pour l’avenir on cherche dans les placards les anciens poupées. Et puis quoi encore ? Trois décennies de gabegie et une quatrième surement pour les contempler, une cinquième pour en parler et une dernière pour arrêter !

Trente ans ! Nom d’un frère, d’un émir et d’une hérésie, nom d’un cauchemar, d’un vieux bar à putes et d’une terrible fin de nuit ! Trente ans de silence et de soumission heureuse, ce n’est rien trente ans diraient les plus avisés, c’est un peu plus que rien dans l’histoire d’un pays, un passage obligé et une féconde connerie !

55f80d4c35700fb92ee92a82_356312064

On traine sa peine sur la marge du temps, on saura quoi répondre si on nous demande notre âge, on a tous le même, il ne se c
ompte pas en années, ni en sourire ni en amours perdus, la quarantaine et la trentaine n’existent plus, les vingtaines interdites et l’enfance ensevelie. On a tous le même âge dans ce pays, l’âge des oubliés, des engagés pour la mort et désengagés de la vie, l’âge le plus beau, le plus long et celui dont on ne se souvient plus, l’âge de notre merdier.

PARTAGER