Attaque à Paris : Khamzat Azimov, fiché S, est quand même passé à l’acte

Bien que fiché S, Khamzat Azimov, jeune Français d’origine tchétchène, a perpétré un attentat meurtrier au nom de Daech, samedi soir à Paris.

Les photos, prises après l’attentat, montrent un jeune terroriste aux sourcils épais, à la barbe taillée et aux cheveux châtains mi-longs. C’est en utilisant des techniques de reconnaissance faciale que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est parvenue, en quelques heures, à identifier l’assaillant du quartier de l’Opéra (IIe arrondissement) à Paris.

-

Vers 21 heures samedi soir, Khamzat Azimov, Français de 20 ans d’origine tchétchène, s’empare d’un couteau de cuisine de 10 cm et frappe frénétiquement des passants en murmurant « Allahou Akbar ». Bilan : un mort et quatre blessés, dont un grave.

L’attaque prend fin en moins de 10 minutes grâce à l’intervention de Quentin, François et Stéphane, trois policiers âgés 28 à 41 ans. La lame du couteau d’Azimov se casse sur le gilet pare-balles de l’un d’eux. Quentin, encore stagiaire, abat le djihadiste d’une balle « dans la région du cœur ».

« Tire, tire, je vais te planter », claironne une dernière fois Azimov, avant de s’effondrer. Ses empreintes digitales ont confirmé hier matin l’identité de ce fiché S pour ses liens avec la mouvance islamiste. Un profil récurrent que la droite et l’extrême-droite ont souligné, en réclamant « des actes » au gouvernement.

TROIS GARDES À VUE

Comment ce jeune garçon, arrivé de Russie au début des années 2000 avec sa famille, s’est mué en lâche assassin ? Ses parents, décrits comme dépassés, étaient toujours en garde à vue hier soir pour faire la lumière sur sa dérive radicale. Les policiers ont saisi des supports informatiques à leurs domiciles du XVIIIe arrondissement : ils n’ont révélé, pour l’instant, aucune documentation djihadiste.

Un jeune ami de Khamzat Azimov, âgé de 20 ans et lui aussi originaire de Tchétchénie, a été interpellé à Strasbourg (Bas-Rhin). « Il a un profil inquiétant et était en contact avec des islamistes radicaux de la région parisienne », glisse une source proche de l’affaire. Aucune complicité, logistique ou intellectuelle, n’a toutefois été établie à ce stade.

UNE VIDÉO DE REVENDICATION

L’agence de propagande Amaq a publié hier une vidéo d’allégeance à l’Etat islamique (EI) attribuée à Azimov. On y voit un jeune homme, cache-col noir remonté au nez et capuche sur la tête, réciter un discours fanatisé et belliqueux dans un parc : « C’est vous qui avez commencé à bombarder l’Etat islamique, à tuer les musulmans ».

Cette vidéo-testament a-t-elle été tournée samedi ? L’enquête a permis de déterminer qu’Azimov est resté chez ses parents jusqu’au début d’après-midi. Sa trace se perd ensuite jusqu’à l’attaque.

FICHÉ S DEPUIS 2016

« Inaction », « aveuglement ». Comme à chaque attentat, des politiques réclament des comptes à l’exécutif, accusé de jouer petit bras dans la lutte contre le terrorisme. Faut-il sévir contre les fichés S, comme l’a redemandé Laurent Wauquiez, patron des Républicains ? Les services de renseignement, qui redoutent ces passages à l’acte imprévisibles et rudimentaires, ne cessent de répéter que les fiches S ne constituent qu’un moyen de suivi et de recueil de l’information. En rien une preuve de culpabilité.

Azimov est apparu dans le radar d’une antenne locale de la DGSI en 2016. A l’époque, il est lycéen à Strasbourg et fréquente un groupe de jeunes islamistes, dont son ami en garde à vue. Son casier judiciaire est vierge. Il est alors inscrit au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) mais est considéré comme une menace faible. Près de 20 000 personnes sont inscrites dans le FSPRT, dont environ 12 000 sont fichées S, notamment pour islamisme radical.

« Azimov évoluait à la marge de son groupe, en second rideau », assure une source antiterroriste. Seule alerte en 2017 : il est interrogé par la police judiciaire de Paris pour ses liens avec Inès, jeune radicalisée de Seine-Saint-Denis interceptée à Budapest (Hongrie) alors qu’elle tentait de gagner les zones contrôlées par Daech. « Elle avait émis le projet de se marier religieusement avec un Tchétchène, soit avec Azimov, soit avec son ami », confie un proche de l’affaire. Elle a depuis été libérée sous contrôle judiciaire.

NATURALISÉ À NICE

L’autre polémique vient du Front national. « Par quelle filière, ce terroriste islamiste et sa famille sont-ils présents sur notre territoire ? », s’interroge Marine Le Pen. Azimov a été naturalisé en 2010 à la préfecture de Nice. Une procédure automatique : à l’époque, il est mineur et sa mère, Lisa G., obtient la nationalité française au titre de la protection subsidiaire. « Nous avons longtemps considéré comme très faible la menace émanant des Tchétchènes, pensant que l’asile accordé à ceux-ci sanctuarisait notre territoire, explique une autre source antiterroriste. Mais depuis quelques années, il y a une montée d’un courant pro-Daech chez les plus jeunes, partisans de l’émirat du Caucase. »

In leparisien.fr

PARTAGER