Birmanie : un policier filme en selfie le passage à tabac de Rohingyas

Une nouvelle vidéo fait état de violences commises par les forces de l’ordre birmanes contre les Rohingyas : au premier plan, un policer se filme en selfie, alors que, derrière lui, des dizaines d’hommes, issus de cette minorité musulmane persécutée en Birmanie, sont assis par terre en rang. Trois d’entre eux sont brutalement frappés à la nuque et au visage par les forces de l’ordre.

Sur la vidéo, qui dure un peu plus d’une minute, on voit d’abord trois jeunes garçons avançant sur le chemin du village de Kotankauk, dans l’ouest du pays, les mains sur la tête. Des policiers, vêtus avec un uniforme qui évoque l’armée, commencent à leur donner des coups de pied et à les frapper derrière la nuque. Le jeune agent qui se filme en selfie, cigarette à la bouche, reste impassible face caméra. Les trois jeunes rejoignent des dizaines d’autres assis les uns à côté des autres à même le sol. Tous ont les mains sur la tête et les jambes allongées.

Ces trois mêmes jeunes sont à peine assis qu’ils sont à nouveau frappés à la nuque et dans le dos. Les coups ne sont que partiellement visibles sur la vidéo, mais le son atteste de leur brutalité. Après la matraque viennent les coups de pied au visage. Pendant ce temps-là, le vidéaste continue de fumer sa cigarette et de pivoter, montrant ainsi le nombre de personnes arrêtées par la police autour de lui.

La vidéo a été filmée le 5 novembre mais n’a été publiée sur les réseaux sociaux que le soir du 31 décembre. Elle est tournée dans l’État du Rakhine, où se concentre la majeure partie de la communauté rohingya, n’ayant pas encore fui le pays. Après avoir fait la une de l’actualité locale, la vidéo a suscité une réaction des autorités.

« Actuellement, selon les premiers rapports, trois officiers ont été placés en détention. […] Nous avons des règles et des lois concernant la police… Ils seront punis selon la loi qui s’applique aux policiers”, a déclaré lundi 2 janvier le porte-parole du gouvernement.

Les autorités ont aussi précisé les circonstances de cette arrestation massive des Rohingyas. Le 3 novembre un poste de police avait été attaqué, par six hommes à moto qui auraient, ce jour-là, fait feu sur les 11 agents présents. Trois hommes suspectés d’avoir participé à l’attaque auraient été arrêtés par la suite, en possession d’armes blanches. Les autorités ont, par ailleurs, déclaré qu’elles allaient continuer d’enquêter sur cette affaire.

La semaine dernière, plusieurs lauréats du prix Nobel de la paix ont interpellé le Conseil de sécurité de l’ONU sur le sort des Rohingyas en Birmanie. « Une tragédie humaine qui s’apparente à un nettoyage ethnique et à des crimes contre l’humanité se déroule en Birmanie « , ont déclaré les signataires de la lettre ouverte.

L’armée birmane a lancé de grandes opérations militaires dans l’État d’Arakan, qu’il appelle Rakhine. Certains de ceux qui sont parvenus à fuir et à rejoindre le Bangladesh voisin ont décrit des scènes de viol collectif, de torture et de meurtres. Depuis début octobre, les Rohingyas sont ainsi victimes d’une nouvelle vague de violence dans l’État d’Arakan.

 

 

 

 

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