Par Ismail Guellil

Hier matin à 09h dans une émission quotidienne et à forte audience, était invitée Fériel Furon, l’arrière petite fille du sanguinaire Bachagha Bengana ; elle a écrit un livre glorifiant le passé de son aïeul et dédicacé ses mensonges à l’animatrice; toute honte bue, elle a profité également d’une publicité gracieuse de la part de la télévision algérienne. En plus de cela l’auteure va dédicacer son livre samedi dans une importante librairie à Alger. Feriel Furon a également osé présenter son livre devant l’ancien ministre des affaires étrangères Mohamed Bedjaoui, lors du salon le Maghreb des livres de Paris en février dernier.

Qui est le Bachagha Bengana ?

C’était le vassal du dey de Constantine qui lui donna ce titre par alliance ainsi que le pouvoir sur les Zibans et Biskra et une partie du Sahara. En 1837 il se rallie aux Français lors de la prise de Constantine. Le bachagha Bengana coupait les oreilles des résistants algériens auxquels il tendait des embuscades avec ses troupes de soldats recrutés dans le Maghreb par la France qu’on appelait  » goumiers  » Il entassait ces oreilles dans de sacs qu’il remettait aux officiels français, contre des sommes d’argent Bengana envoya au général Négrier le sceau, les oreilles et la barbe du chef de guerre Farhat Bensaïd, qui fut attiré dans un guet-apens. Une autre fois, un membre de la famille, Khaled Bengana, qui avait massacré des insurgés algériens, présenta au général comme pièces justificatives, deux étendards (le troisième avait été déchiré par ses goumiers) et des sacs contenant 900 oreilles coupées aux cadavres.

Le commandant de Constantine envoya au gouverneur un rapport élogieux sur cette affaire et à l’occasion de la fête du roi (célébrée le 1er mai), le général Galbois se rendit auprès des Bengana et fut reçu au bruit des salves tirées avec les canons récupérés sur le champ de bataille. Les canons lui furent ensuite remis. Bengana reçut à cette occasion la croix d’officier et une somme de 50 000 francs pour services rendus à la France. Les Bengana et leurs goumiers investirent les Zaatchas avec les troupes françaises, massacrèrent les populations et ramenèrent comme trophée la tête de Bouziane et celle de son lieutenant Si Moussa Al-Darkaoui,chefs de la résistance. Le Muséum national d’histoire naturelle de Paris détient une oreille, non-identifiée, un morceau de chair noircie, cataloguée parmi les têtes momifiées et les crânes, dans un registre officiel, en France, pays des droits de l’Homme, au XXIe siècle.

Mais mon article n’a pas pour but de relater l’histoire peu glorieuse des Bengana, Il tient à dénoncer l’incompétence, le manque de déontologie, d’éthique et carrément l’ignorance du personnel de la télévision algérienne. Sur quels critères sont choisis les invités? Ne fait on pas d’abord un travail sur leurs oeuvres ? Les journalistes, les animateurs et la commission de censure ne connaissent pas l’histoire de l’Algérie du XVIIII siècle ? C’est comme le canular du site parodique « Le Gorafi » qui a fait dire à Marine le Pen : » Je vais construire un mur entre nous et l’Algérie, et cette dernière va le financer”. Le quotidien El Hayat a repris mot à mot cet article et en a fait la Une de son journal. Ces journalistes connaissent ils la déontologie du journaliste comme la charte de Munich1. Savent ils ce qu’est l’éthique ? Dans les pays véritablement démocratiques les journalistes ont obligé Nixon à démissionner (affaire du watergate ) et ont fait démarrer l’affaire Pénélope Fillon .

Ici le directeur du journal  » le Matin » M. Benchicou a fait de la prison à cause de ses éditoriaux jugés subversifs. Comment peut-on confier cette responsabilité qu’est l’information à des personnes aussi inaptes, aussi mal formées ou pas du tout formées ? Comment peut-on ne pas respecter un métier aussi beau que le journalisme ? Comment peut-on ignorer le pouvoir du journalisme, n’est il pas connu comme être le quatrième pouvoir ? N’est-il pas aujourd’hui plus craint que les armées les plus fortes et les armes les plus lourdes? Mais surtout, comment peut-on autant manquer de respect aux centaines de journalistes tués durant la décennie noire ? Tués justement parce qu’eux au risque de leur vie faisaient honnêtement leur métier , malgré les menaces ,ils rassemblaient ,traitaient, analysaient les informations , mais surtout, prenaient des positions, et avaient une ligne éditoriale claire et nette.

 

Tout ce qui est hostile à l’habileté et inapte à dénouer les équations journalières de la vie ne peut que faire promouvoir l’incompétence. Comme le disait Tahar Djaout est un écrivain, poète, romancier et journaliste algérien .

Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs ! Allah Yerhmou Il est vrai cependant que la presse est surveillée, souvent censurée et ce n’est que les journaux qui sont à la solde du pouvoir qui ne sont jamais embêtés. Mais dans le cas précis, de l’émission de Canal Algérie il s’agit d’incompétence et d’ignorance. Il ne faut pas oublier que c’est une chaîne vue dans le monde entier et qui n’a donc pas droit à l’erreur Ceci pour en revenir aux journalistes de Canal Algérie et l’émission de la honte ; inviter Fériel Furon tout en ne vérifiant rien sur ses propos relève de l’aberration. Ils ne risquent pas de recevoir le prix Pulitzer.

Dr Ismail GUELLIL

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