Des femmes au stade dans un championnat terni par la violence : la JSK montre la voie

Le championnat de Ligue 1 de football est marqué cette année par de nombreux actes de violences. Le dernier épisode en date remonte à la 14e journée du championnat, lors du match MCA – USMBA au stade 5 Juillet. La rencontre a été entachée par de graves violences durant lesquelles 18 policiers et 22 supporters ont été blessés.

La violence n’est malheureusement pas le seul mal qui gangrène le championnat professionnel. La corruption et la gestion hasardeuse font également d’importants dégâts et les enquêtes publiées par la BBC en septembre puis par France Football en octobre n’ont fait que confirmer ce que tous savaient déjà depuis longtemps.

Un nouveau président, un nouvel esprit

Pourtant, dans ce championnat devenu dangereux et dont l’image est ternie par la corruption, un club innove et fait briller une lueur d’espoir : la JSK.

Lors de sa première prise de parole publique après avoir été élu président du club, le 7 février dernier, Cherif Mellal avait judicieusement déclaré que « le plus dur est à venir ». En effet, les dernières années du règne de Mohand Chérif Hannachi, pauvres en réalisations sportives, avaient laissé un goût amer chez les supporters et proches du club. La mission du nouveau président était de redresser le club, voire de le reconstruire complètement.

Arrivé avec un chèque de 10 milliards de centimes pour renflouer les caisses alors quasi-vides de la JSK, le nouveau président, auparavant installé en Allemagne, a également ramené avec lui rigueur et esprit d’initiative. Il s’est entouré dès sa prise de fonction d’anciennes gloires de l’équipe la plus titrée d’Algérie comme Miloud Iboud dont il fera son porte-parole ou Ali Fergani à qui il confiera la présidence de l’Académie du club.

Avec le Français Frank Dumas à la barre technique et un effectif très jeune, la JSK entame le championnat en douceur, enchaînant deux matchs nuls avant de remporter sa première victoire de la saison, 3 à 1 contre l’USMBA à Tizi-Ouzou.

Depuis, la JSK est restée invaincue pendant 11 journées, infligeant même un sévère 5 à 0 à son rival, le MCA à Bologhine. Le club ne connaîtra sa première défaite que lors de la 12e journée du championnat, face à l’USMA.

Les bons résultats sportifs obtenus par la JSK sous le règne du nouveau président reflètent le nouvel esprit que ce dernier semble insuffler au club. Les supporters sont revenus au stade du 1er Novembre pour remplir, à chaque match, ses tribunes après les avoir longtemps boudées.

À bas les grillages

La sérénité et le calme sont restés maîtres dans la maison kabyle depuis le début de cette saison. Et ce n’est pas un hasard.

Pour diminuer la cohue lors de la vente de billets d’entrée au stade, le nombre de guichets a été augmenté et le staff du stade a été étoffé. Pour fidéliser les supporters et resserrer les liens entre eux et le club, un système d’abonnement à l’année a été instauré.

Les supporters qui assistent aux matchs au stade ont même une chance de remporter des prix lors des tirages au sort de numéros de billets gagnants organisés au terme de chaque rencontre jouée au stade du 1er Novembre.

Dès le mois de septembre, des caméras de surveillance ont été installées autour et sur les gradins du stade. « Dorénavant, tout jet de projectiles, de fumigènes dans le stade ou autres débordements seront sévèrement sanctionnés. Les commanditaires seront arrêtés et déférés devant la justice. S’il vous plaît, nos frères supporters, le club a besoin de votre discipline », avait alors lancé aux supporters l’équipe de communication du club.

Chose impensable jusqu’alors, le grillage protégeant la tribune d’honneur du stade a été supprimé. Signe de la sérénité et de la confiance revenues au stade fétiche des Canaris du Djurdjura, cette suppression des grillages sera étendue à toutes les tribunes « prochainement », est-il promis sur la page officielle du club.

Toutes ces mesures semblent porter leurs fruits puisque le stade du 1er Novembre, qui était jusqu’à la saison passée, un endroit dangereux pour les supporters, est devenu, cette année, un des rares stades algériens à n’avoir connu aucun incident grave.

Une performance à saluer, surtout lorsqu’on pense au décès, dans le même stade, le 23 août 2014, de l’attaquant camerounais de la JSK, Albert Ebossé, suite à une blessure provoquée par un projectile venue des tribunes.

Des femmes dans le stade !

Autre révolution inspirée par Cherif Mellal, la présence de femmes dans les tribunes du stade de Tizi-Ouzou. Depuis le début de la saison, le nombre de familles, d’enfants et de femmes qui assistent aux matchs ne cesse d’augmenter. Pour parvenir à bousculer de la sorte ce tabou qui veut que les stades algériens soient des lieux où la gente féminine n’a pas le droit de citer, la JSK a réservé une partie de la tribune d’honneur ainsi qu’un accès particulier aux familles.

Cette mesure a fait l’objet de critiques et de moqueries. « La JSK veut avancer, changer beaucoup de choses, nous voulons lui donner un nouveau visage, surpasser toutes les autres équipes, être premiers en tout », avait répondu le porte-parole du club. Le staff de la JSK est resté imperturbable et les familles ont continué à affluer au stade.

Grande gueule ou grand président ?

La réaction de Cherif Mellal au report mystérieux et inexpliqué du match USMA-JSK a fait dire à de nombreux observateurs que l’homme est une « grande gueule », un « amateur » qui « manque de subtilité », voire d’intelligence et qui ne connaît pas encore les rouages du foot algérien.

Les déclarations fracassantes, parfois même provocantes, du président de la JSK avaient remué la LFP et suscité des réactions favorables ou hostiles mais toujours vives de la part d’autres personnalités du football.

Quoi qu’il en soit, des réussites certaines sont à mettre au crédit de Mellal et de son équipe. Il a pu redresser le club kabyle, dauphin du champion d’hiver de cette saison alors que l’année passée il luttait pour le maintien.

Mais au-delà des performances sportives du club, les réussites à saluer sont tous ces progrès réalisés dans les aspects relevant de l’organisation, de la communication, de l’image même du club qui s’est grandement améliorée, attirant une cascade de nouveaux sponsors (Ooredoo, Cevital, Cosider).

Dans ce championnat gangrené par la corruption et la violence, la JSK de Cherif Mellal est en train de montrer la voie à suivre.

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