Egypte: Découverte d’une immense cavité à l’intérieur de la pyramide de Khéops

Des scientifiques ont annoncé, jeudi 2 novembre, avoir découvert l’existence d’une énorme cavité à l’intérieur de la pyramide de Khéops, en Egypte. Franceinfo revient en quatre questions sur cette étude dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Nature (article en anglais).

Qu’ont découvert les scientifiques ?

A l’intérieur de cette pyramide, la plus grande et la plus ancienne d’Egypte (avec ses 139 mètres de haut et 230 mètres de large), les scientifiques ont découvert une cavité de très grande taille. C’est comme « un avion de 200 places en plein cœur de la pyramide », affirme Mehdi Tayoubi, codirecteur du projet ScanPyramids à l’origine de la découverte.

Surnommée le big void (le « grand vide »), cette cavité fait au moins 30 mètres de long et à des caractéristiques similaires à celles de la grande galerie, la plus grande salle de la pyramide connue à ce jour. Elle se trouve à une petite cinquantaine de mètres de la chambre de la reine, au cœur même du monument.

« Le ‘grand vide’ est totalement clos, rien n’a été touché depuis la construction de la pyramide », explique Kunihiro Morishima de l’université de Nagoya au Japon, partenaire de la mission ScanPyramids.

Comment les chercheurs ont-ils procédé ?

Paradoxe de cette découverte : les chercheurs n’ont pas vu la cavité de leurs propres yeux. Les chercheurs ont utilisé des méthodes dites « non invasives » qui ont permis de déduire l’emplacement et la taille de la cavité sans percer le moindre bout de roche, en « regardant à travers les pierres ».

Pour ce faire, ils ont utilisé une technique utilisée en physique des particules. Ils se sont aidés de muons, des particules cosmiques qui ralentissent, puis s’arrêtent au contact de la matière. Lorsqu’ils veulent sonder un objet, les chercheurs mesurent donc la quantité de ces particules récupérées derrière cet objet. S’ils constatent un excédent à un endroit, c’est que les muons ont traversé moins de matière, donc du vide. Cette technologie a notamment été utilisée ces dernières années pour déterminer les structures internes des volcans ou étudier le réacteur nucléaire endommagé à Fukushima, au Japon, explique Nature.

Dans le cas de la pyramide de Khéops, l’expérience a été réalisée à trois reprises par trois instituts distincts : l’université de Nagoya, le laboratoire de recherches sur les particules japonais KEK et le CEA français. Tous trois en ont conclu à l’existence de cette cavité.

Qu’y a-t-il dans cette cavité ?

C’est un grand mystère à laquelle cette découverte ne permet pas de répondre. La technique des muons n’a pas permis de savoir avec précision si cette cavité était horizontale ou inclinée, comme l’est la grande galerie.

Selon les chercheurs, la chambre pourrait être horizontale ou inclinée et pourrait être composée de deux ou plusieurs espaces plus petits. La destination de cette pièce n’est pas davantage connue. Cela pourrait être « une succession de chambres accolées les unes aux autres, un énorme couloir horizontal, une deuxième grande galerie… plein d’hypothèses sont possibles », selon Mehdi Tayoubi.

« Il y a beaucoup de possibilités, mais tant qu’on ne l’aura pas ouverte, on ne pourra pas savoir », note Simon Thuault, doctorant en égyptologie à l’université de Montpellier, interrogé par franceinfo. Une telle inspection est-elle envisageable ? « On réfléchit à des modes d’investigation relativement légers, non destructeurs, explique Mehdi Tayoubi. Le CNRS et l’Inria nous ont rejoint il y a un an pour réfléchir à un nouveau type de robot qui pourrait passer par de tout petits trous. »

Pourquoi est-ce une découverte importante ?

La découverte de cette cavité est une vraie surprise pour les scientifiques. Plus de 4 500 ans après la construction de la pyramide, son existence était encore inconnue. La passion des égyptologues pour ces cavités ne date pourtant pas d’hier : les premières (baptisées « chambre du roi » et « chambre de la reine ») ont, elles, été découvertes au IXe siècle. Mais c’est la première fois depuis le XIXe siècle qu’une telle cavité est découverte.

En outre, cette découverte devrait permettre d’en apprendre davantage sur les méthodes de construction des pyramides égyptiennes, toujours enveloppées de mystères. « Ça va relancer beaucoup de littérature sur la question, qu’elle soit véritablement spécialisée ou plus ésotérique, estime Simon Thuault. Les égyptologues et les bons amateurs commencent à avoir une bonne connaissance. Cette cavité pourra peut-être venir s’ajouter au puzzle et, pourquoi pas, nous donner un indice essentiel à la compréhension. »

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