Vous remettez en cause les choix du gouvernement sortant en matière d’industrie automobile. Qu’est-ce qui ne va pas dans ce secteur selon vous ?

Je ne conteste pas la stratégie. Je l’avais approuvée en tant que député et je la soutiens toujours aujourd’hui en ma qualité de ministre. La stratégie est tracée par le Président de la République. En revanche, la première évaluation effectuée par un groupe de travail composé d’experts du secteur, souligne clairement que les objectifs tracés n’ont pas été atteints. Les constructeurs automobiles se sont engagés à créer davantage d’emplois et de valeur ajoutée dans le secteur et surtout de baisser la facture des importations. Aucun de ces objectifs n’a été réalisé. Au lieu de créer de l’emploi le secteur en a perdu. À cela s’ajoute le fait que nous avons mis en difficulté le trésor public qui a été privé de la perception de droits de douane et différentes taxes.

Je ne veux pas parler d’un échec total, mais le moment est venu pour les constructeurs de s’aligner sur la politique du gouvernement. Nous ne sommes pas là pour bloquer les constructeurs automobiles. Nous leur demandons de respecter leurs engagements et aller de l’avant dans les taux d’intégration. Nous sommes conscients de la difficulté technologique concernant la pièce de rechange. Néanmoins il est demandé plus d’efforts de la part des concessionnaires dans ce domaine afin de réduire sérieusement ces importations de véhicules qui se font de manière déguisée.

Le moment est venu d’encourager les équipementiers et la création de petites et moyennes entreprises spécialisées dans la fabrication des pièces détachées. On ne peut pas aller vers un taux d’intégration élevé sans les sociétés de sous-traitance.

Donc le gouvernement ne bloquera pas les projets en cours ?

Non. Nous n’avons l’intention de bloquer qui que ce soit. Mais nous disons que les gens qui n’ont rien à voir avec le secteur ne devraient pas investir dans ce domaine. D’ailleurs, les nouvelles orientations du gouvernement ne devraient pas déranger les constructeurs sérieux qui veulent contribuer avec l’État algérien à mettre en place une véritable industrie automobile. Malheureusement il y a des personnes dont l’objectif principal est d’amasser de l’argent au détriment de l’intérêt général.

Est-ce que la stratégie du Président dans le secteur a été déviée ?

Son excellence le Président de la République a toujours encouragé les investisseurs, mais certains constructeurs n’ont pas suivi cette dynamique. C’est le moment de le faire. Les concessionnaires n’ont pas d’autre choix que de respecter le cahier des charges.

Comment comptez-vous faire pour les amener à se soumettre à ce cahier des charges ?

Désormais, nous n’allons plus nous contenter de limiter les importations des véhicules. Nous allons fixer aussi un quota pour la production (montage). Je m’explique : les quotas de production seront liés au taux d’intégration. Plus le taux d’intégration est élevé, plus nous autoriserons la production de véhicules. En d’autres termes, le constructeur qui réalise un fort taux d’intégration aura un quota de production plus élevé. Celui qui n’améliore pas son taux verra son quota baissé.

De surcroît, nous insistons auprès des constructeurs locaux d’intégrer d’ores et déjà dans leur projet la dimension exportation. On lancera également un appel aux équipementiers pour les inviter à s’installer en Algérie.

Vous parlez d’un taux d’intégration faible mais, certains concessionnaires, comme c’est le cas de Renault, parlent de 30% ?

Nous sommes en phase d’évaluation qui nous permettra de vérifier les différents taux avancés par ces constructeurs.

Le gouvernement a voulu faire baisser la facture des importations de véhicules en instaurant les licences et en créant des usines de montage. L’objectif n’a pas été atteint semble-t-il puisqu’on a continué à importer les pièces pour fabriquer les voitures… Effectivement, les kits pour le montage de véhicules sont inscrits dans la catégorie importations intermédiaires. On aura les chiffres exacts quand le groupe de travail aura terminé son évaluation.

Nos partenaires doivent comprendre que nous travaillons pour l’intérêt de l’État et des consommateurs et plus généralement encore pour le peuple algérien. On ne peut plus rester observateur. Il faut redresser et améliorer les choses. Mais je le dis et je le répète : on ne veut pas bloquer les projets, mais lutter contre les formes d’importation déguisée. Nous avons constaté que les concessionnaires n’ont pas respecté leur engagement. On les relance pour qu’ils s’alignent sur le cahier des charges que nous sommes en train de revoir. On est là pour aider ceux qui veulent travailler pour réaliser « le Made in Algeria ».

Certains pensent justement que le mal est dans le cahier des charges ?

Nous allons le revoir et des décisions vont être prises.

Le gouvernement va-t-il stopper les négociations en cours avec certains concessionnaires comme Peugeot ?

Jamais. Nous allons continuer à discuter avec Ford, Peugeot, Nissan et d’autres. Bien au contraire : nous voulons travailler avec les grands constructeurs.

Pourquoi les licences d’importation de véhicules tardent à venir ?

On veut réduire la facture d’importation. Pour cela, on doit cibler le nombre de véhicules importés mais on veut aussi contrôler les prix pour surveiller la surfacturation.

C’est-à-dire ?

On contrôlera de très près les factures à l’importation. Si la voiture coûte 8000 euros par exemple en Europe, il n’est pas normal que son prix d’achat soit double chez nous.

Avez-vous pris attache avec les concessionnaires pour expliquer votre stratégie ?

Des cadres du ministère s’en chargeront lorsque le groupe de travail aura achevé son évaluation.

L’autre volet sur lequel vous ne semblez pas être d’accord avec l’ancien ministre concerne les zones industrielles. Pourquoi ?

Nous avons bloqué le projet en attendant de revoir les choses. On va étudier le dossier, zone par zone. Voir où sont réellement les opportunités d’investissement et où l’on peut créer de la richesse et de l’emploi.Que reprochez-vous au secteur privé ?

Je n’ai rien contre ce secteur, bien au contraire. Je suis pour son développement. Je parle d’un vrai développement, porté par les moyens des investisseurs privés.

Donc l’investisseur privé doit désormais mettre la main à la poche ?

Oui, tout en bénéficiant du soutien de l’État. Des avantages qui doivent absolument être soutenus par l’apport significatif de l’investisseur privé. Nous allons tout faire pour que le modèle de partenariat public/privé/étranger fonctionne. Un modèle qui va dynamiser l’économie nationale.

Prenant l’exemple du secteur automobile. Pourquoi Peugeot ou d’autres grandes marques ne font pas un partenariat avec la SNVI par exemple ?

Que se passe-t-il au niveau du complexe d’El Hadjar ?

Ce n’est pas la faute à l’État. Il y a un problème de management. Il y a un groupe de travail qui étudie la situation sur place. On verra par la suite les solutions dégagées.

Pour le ciment, malgré les investissements engagés la filière est minée par la spéculation. Quelles sont les raisons ?

Nous avons mis à la retraite quelques responsables de groupes publics. Nous avons commencé à régler quelques problèmes. Le résultat est là : le prix du ciment a baissé. Le groupe de travail sur ce secteur rendra ses conclusions prochainement. Ce dernier définira avec exactitude les problèmes de cette filière.

Certains pensent que votre stratégie cible Abdeslam Bouchouareb. D’ailleurs vous avez mis à la retraite plusieurs de ses cadres au ministère…

La nouvelle orientation du secteur ne vise personne. Bouchouareb a travaillé avec tout un staff. Nous avons constaté que les objectifs n’ont pas été atteints, que ce soit dans l’industrie ou dans les mines. Il est normal que l’on veuille donner un nouveau souffle au secteur.

In TSA

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