Fruits et légumes : Les raisons d’une flambée

Pour El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), tout le pays n’est pas Alger. Selon ses estimations, les prix qui y sont pratiqués sont souvent plus élevés qu’ailleurs.

A quelques jours de la célébration de l’Aïd El Adha, les prix des fruits et légumes s’envolent. Cette tendance haussière, qui n’épargne aucun produit même de saison, semble n’avoir ni logique ni frein. A qui profite cette hausse ? A tous, sauf à l’agriculteur et aux petites bourses qui en sont les premières victimes.

Les données officielles de la Direction du commerce (DCP) d’Alger concernant les prix journaliers des fruits et légumes démontrent clairement un grand écart entre les prix pratiqués dans les marchés de gros et ceux affichés par le petit marchand de fruits et légumes du coin.

Sur la base d’un tableau publié sur le site de cette institution (actualisé au quotidien, voir encadré), la pomme de terre, légume vedette de la table algérienne notamment dans cette période, est cédée en gros à 60 et 75 Da, contre 65 et 85 DA chez les détaillants. La tomate, légume de saison par excellence, connaît un écart fulgurant, atteignant les 100%.

Chez les mandataires, elle est affichée à 30 à 60 Da. Chez le vendeur du coin, son prix va de 45 à 120 Da. Il en est de même pour les poivrons dont les prix passent de 30 et 100 DA en gros à 60 et 130 DA chez le détaillant. Les courgettes sont à 25 et 80 Da prix de en gros contre 50 et 100 Da en détail. Le prix du concombre va de 40 et 70 DA chez le mandataire à 60 à 120 DA chez le détaillant. L’aubergine, autre légume de saison, saute de 50 à 90 Da en gros à 60 et 120 DA en détail.

Dans le rayon des fruits, tous les produits sont hors prix, sauf la pastèque cédée à 25 et 50 DA en détail. Le melon est cédé au consommateur à 120 Da, les abricots à 350 Da et la pêche à 300 Da. Sur le terrain, ces prix changent selon le lieu de vente. Pour El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), tout le pays n’est pas Alger. Selon ses estimations, les prix qui y sont pratiqués sont souvent plus élevés qu’ailleurs.

Nécessité de la facturation

«La moyenne nationale des prix est moindre par rapport à celle d’Alger. La pomme de terre est 70 Da, l’oignon à 40 Da, la tomate à 60 Da, la salade à 100 Da, le poivron à 120 Da, la pêche à 200 Da et le raisin à 180 Da. Cette hausse est due à plusieurs facteurs. Les plus importants sont le manque de main-d’œuvre dans le domaine de l’agriculture au moment où la demande accuse une hausse.

S’ajoute à cela le manque flagrant de marchés de proximité. Un facteur qui augmente les charges, notamment ceux liés au transport», explique-t-il, avant de considérer que les prix élevés de la pomme de terre sont tout à fait normaux vu l’écart entre l’offre et la demande. Pour le président de cette association, stocker des quantités de la production actuelle dans les chambres froides est nécessaire pour affronter la période creuse de septembre et octobre.

Chose que ne partage pas vraiment le président de la Chambre de l’agriculture d’El Oued qui explique cette hausse par l’absence d’un système de régulation des stocks afin de faire face aux périodes de pénuries.

S’exprimant sur les ondes de la Radio nationale, Bekar Hamed, indique que l’absence de ce système national de prévisions élaboré normalement par l’Office national des fruits et légumes est à la source du déséquilibre entre l’offre et la demande et de facto la hausse des prix.

Selon ses propos, la wilaya d’El Oued, qui couvre 50% des besoins nationaux en matière de pommes de terre, a dû rétrécir la superficie cultivée pour cause de chaleurs caniculaires. Les autres wilayas, telles que Sétif, Tébessa, Tiaret et Souk Ahras, n’ont pas joué à temps leur rôle de compensateur pour cause de retard de pluviométrie durant la période allant de janvier à mars derniers.

Pour tout espoir, il prévoit que les prix de ce légume très demandé ne baisseront pas durant les prochaines semaines à cause la cherté de la semence. Pour Dr Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), l’Algérie a adopté la loi de la liberté des prix sans pour autant appliquer les mécanismes de régulation du marché qui vont avec.

Il s’agit de la facturation obligatoire offrant une traçabilité garantie des transactions commerciales et la création systématique de marchés de proximité. Un plan national de prévisions de la consommation et de la production est primordial, tout comme il faut installer un nouveau mécanisme de contrôle des chambres froides et de la marge bénéficiaire.

 

 

Source : ici

PARTAGER