Grande Mosquée d’Alger : une vitesse d’exécution qui soulève de sérieuses questions

Les travaux de gros œuvre du minaret de la Grande Mosquée d’Alger ont été achevés samedi 11 mars, lors d’une cérémonie durant laquelle le ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, a procédé symboliquement au dernier « coulage de béton ». La hauteur actuelle du minaret s’établit à 250,125 mètres, selon l’agence officielle, permettant ainsi à la Grande Mosquée d’Alger de disposer du plus grand minaret du monde.

« Cette réalisation bat en brèche les assertions de tous ceux qui ont mis en doute la capacité de l’Algérie à construire un tel édifice religieux et lancé des rumeurs tendancieuses sur la non-conformité de l’œuvre aux standards techniques », a affirmé, un brin revanchard, Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier a en outre annoncé l’ouverture de la salle de prière aux fidèles en décembre prochain, avant la réception de l’édifice avec toutes ses structures à l’horizon 2018.

150 mètres en quatorze mois

Cependant, des interrogations continuent d’être soulevées en constatant la rapidité fulgurante à laquelle le minaret, et la salle de prière, ont été érigés. La hauteur du minaret s’établissait en effet à 103 mètres en janvier 2016, selon les chiffres annoncés par M. Tebboune lui-même à l’époque. Cette hauteur a été atteinte après près de quatre ans de travaux, la construction ayant débuté en février 2012. 150 mètres ont donc été érigés en à peine quatorze mois.

Pour le ministre de l’Habitat, une telle réalisation en un laps de temps si court est présentée comme une remarquable prouesse. Si, en apparence, elle relève de l’exploit, la vitesse d’exécution soulève de sérieuses questions quant à la qualité du travail effectué en un temps record par le géant public chinois du BTP CSCEC, chargé de la construction de la Grande Mosquée d’Alger. En Algérie, les Chinois sont connus pour effectuer un travail rapide au détriment de la qualité, surtout sans supervision. On a vu les résultats dans d’autres domaines.

« Les plans contenaient beaucoup d’erreurs »

Dans un entretien accordé à TSA en avril dernier, le groupement allemand ayant conçu et qui était chargé du suivi de la Grande Mosquée jusqu’à fin 2015 expliquait en détail les errances constatées dans le travail de l’entreprise chinoise. « Les plans contenaient beaucoup d’erreurs et parfois n’étaient même pas finis. Certains plans ne contenaient parfois que la moitié des informations requises, nous étions dans l’obligation de les rejeter », indiquait Jürgen Engel, chef de file du groupement. Difficile d’imaginer que le « détriment de qualité » des Chinois se soit, depuis, rectifié par miracle.

L’anarchie ayant accompagné la construction de la Grande Mosquée a de quoi également rendre inquiet. Le non-renouvellement du contrat du groupement allemand, suivi de plusieurs périodes ayant duré jusqu’à plusieurs mois où aucun bureau d’étude n’a suivi l’avancement des travaux des Chinois, a créé une situation inédite et dangereuse, à laquelle il est virtuellement impossible de remédier. En effet, aucune étude ou vérification indépendante après-coup ne peut garantir que le travail a été effectué correctement et qu’il n’y a pas eu malfaçon. Les Algériens devront donc faire confiance aux autorités ou, à défaut, espérer, peut-être prier, que le travail a été bien fait.

Grande Mosquée AADL

Très impliqué dans le projet depuis que l’Agence nationale de réalisation et de gestion de la Mosquée d’Alger (Anargema) a été placée en décembre 2014 sous la tutelle de son ministère, en remplacement du ministère des Affaires religieuses, le ministre de l’Habitat Abdelmadjid Tebboune a revu la copie d’un projet censé représenter la plus grande réalisation de l’Algérie indépendante. Un monument censé traverser les siècles. À la place, la Grande Mosquée a eu droit à un traitement ressemblant à s’y méprendre à celui réservé aux projets de construction de l’AADL

Le désir de finir le projet le plus rapidement possible, afin que le président Bouteflika puisse l’inaugurer, s’est transformé en obsession pour les autorités. Pour respecter une date limite intenable, tous les efforts se sont concentrés sur deux structures : le minaret et la salle de prière, qui constituent logiquement les deux éléments constitutifs de toute mosquée. Pourtant, la Grande Mosquée était initialement visionnée comme étant « un centre de rayonnement mondial d’un islam de tolérance et de modération ». Au minaret et la salle de prière doivent s’ajouter un institut islamique, des musées, une maison du coran ou encore un grand centre culturel. L’avancement de tous ces bâtiments a été mis en stand by, priorité au minaret et salle de prière oblige. Les autres bâtiments seront par la suite complétés. Quand ? Mystère.

Le mystère demeure également entier quant à l’état esthétique de la mosquée (minaret et salle de prière) au moment de sa réception, que le ministre de l’Habitat garantit pour décembre 2017. Alors que les projets AADL peuvent se satisfaire d’une finition bancale, il est supposé être impensable que la première prière effectuée dans la Grande Mosquée d’Alger soit effectuée dans une salle pas encore terminée, aux murs encore éventuellement enduits de ciment. Le degré d’esthétique exigé par le président Bouteflika au moment de la conception de la Mosquée a fait que les choses ont été vues en très grand. Avec une vitesse d’exécution aussi hâtive, le risque de voir l’Algérie présenter au monde une Grande Mosquée dépareillée continue de s’affirmer de plus en plus. Entre faire les choses vite ou les faire bien, les autorités algériennes semblent avoir fait leur choix.

 

 

 

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