Hend Sadi au café littéraire de Chemini (Béjaia) : “La Constitution de 1996 est un cercueil pour tamazight”

Le conférencier estime que les responsables de l’État noient la question de tamazight dans de faux débats.

L’ancien animateur du Mouvement culturel berbère (MCB) et professeur de mathématiques à Paris, Hend Sadi, a estimé, samedi dernier, lors d’une conférence-débat animée à Chemini (wilaya de Béjaïa), que “le pouvoir algérien veut faire de la Constitution de 2016 un cercueil pour enterrer tamazight”, arguant que “les responsables de l’État font tout pour gagner du temps en noyant la question dans de faux débats en vue de renvoyer sa prise en charge effective aux calendes grecques !”

L’invité du Café littéraire de Chemini, qui a tenu sa conférence dans la salle des délibérations de l’APC, en l’absence d’autorisation de l’administration de wilaya, a tenu à déplorer le retard mis dans l’élaboration de la loi organique devant fixer les conditions et les modalités de la mise en œuvre de l’officialisation de tamazight. Relevant les différentes incohérences de la Constitution de 2016, Hend Sadi regrette de constater ce passage lourd de sens dans le préambule “L’Algérie est terre de l’islam et pays arabe”.

En outre, il notera que dans l’article 178 de la même loi fondamentale, l’amazighité est exclue des constantes nationales. “Seuls l’islam et l’arabité y sont considérés en tant que telles. C’est un indice révélateur de l’absence d’une réelle volonté politique de régler définitivement la question identitaire dans ce pays”, s’est-il indigné. L’orateur rappellera à l’assistance que tous les textes officiels de l’Algérie indépendante ont banni le mot “berbère” ou “amazigh” jusqu’à la révision constitutionnelle de 1996 qui avait reconnu la dimension amazighe de l’identité nationale.

Abordant la problématique des caractères avec lesquels on doit écrire cette langue ancestrale, Hend Sadi considère que “le problème de la transcription de la langue amazighe ne devrait même pas se poser. Car, les scientifiques et les spécialistes en la matière l’ont déjà tranché”.

Pour lui, le développement de la langue amazighe incombe aux siens ! À ce titre, cet ancien militant du MCB ne comprend, d’ailleurs, pas comment se fait-il que “des personnes, qui n’ont rien à voir avec cette langue, viennent nous imposer leur avis sur des aspects purement techniques”.

C’est le cas, par exemple, du sociologue Lahouari Addi qui a, selon le conférencier, “osé se prononcer sur la transcription de la langue amazighe, en nous recommandant les caractères arabes”.

Même le professeur Abderrezak Dourari, pressenti pour le poste de président de la future académie de la langue et culture amazighe, a été égratigné par M. Sadi qui l’accuse de faire les yeux doux au pouvoir. “Pour plaire au pouvoir, il n’arrive même pas, d’ailleurs, à se prononcer d’une manière claire et définitive sur la question de la transcription de la langue amazighe”, a-t-il dit. Avant d’ajouter qu’“au lieu de critiquer le bilan de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam) du Maroc, M. Dourari, qui s’érige en sauveur de cette langue ancestrale, devrait donner le bilan du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET) qu’il dirige depuis sa création en 2001”.

 

Source : ici

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