LA MESURE EST JUSTIFIÉE PAR LA LUTTE CONTRE LA CONTREFAÇON/Les cosmétiques interdits à l’importation

Comme pour les autres produits, cette suspension encouragera sans doute le commerce du cabas ou la contrebande.

Le régime du commerce extérieur de l’Algérie connaît un énième changement. En effet, les produits cosmétiques et d’hygiène corporelle sont désormais suspendus à l’importation, indique une note de l’Association des banques et des établissements financiers (Abef), rapporte une source bancaire sûre. Ce texte informe les banques commerciales que les importateurs de cosmétiques soumis, auparavant, à autorisation, ne peuvent désormais domicilier leurs opérations d’importation et donc ne pourront importer ces produits.
Cette catégorie de biens de large consommation s’ajoute donc à la liste des 800 produits suspendus à l’importation. Il faut savoir que le marché des cosmétiques est réglementé. Il était soumis avant cette décision à des autorisations pour importer ces biens de large consommation.

Un courant important d’importations de cosmétiques contrefaits enregistré

À travers cette mesure, le gouvernement veut réorganiser le marché des cosmétiques, ajoute la même source. Suite à un constat de la récurrence d’opérations d’importations de produits cosmétiques contrefaits, “le ministère du Commerce compte, à travers cette interdiction temporaire, éliminer les importateurs qui optent pour des produits contrefaits et qui ne s’approvisionnent pas directement auprès de fournisseurs fiables, reconnus pour la qualité de leurs produits. En un mot, il s’agira de ne retenir que les professionnels. Tout cela veut dire que pendant cette période transitoire qui peut durer un ou plusieurs mois, les importateurs doivent remettre un nouveau dossier pour pouvoir être autorisé de nouveau à importer les produits cosmétiques. Mais entre-temps, le ministère du Commerce compte quantifier la production nationale et n’importer que les quantités qui manquent à la satisfaction à 100% des besoins nationaux. Des franchises comme Yves Rocher devront également déposer un dossier pour être autorisées de nouveau à importer. Mais cela ne posera pas de problème puisque le fournisseur est de notoriété internationale pour la qualité de ses produits”, rapporte la même source bancaire.

Plus tard, quand sur le marché interviendront plusieurs acteurs, 2 ou 3 acteurs au moins de l’envergure de la société Venus et qui pourront satisfaire avec cette dernière la demande domestique en quantité et couvrir toute la gamme de produits cosmétiques, le ministère du Commerce compte interdire l’importation de produits cosmétiques, du moins la réguler afin d’imposer sur le marché les produits cosmétiques produits localement, ajoute-t-il.
En attendant, la question est de savoir si les stocks disponibles chez les importateurs et chez les franchises seront suffisants pour stabiliser le marché pendant cette période transitoire.
Dans le scénario inverse, on assistera à une hausse des prix des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle importés. Le gagnant dans cette situation est évidemment le fabricant local tel Vénus qui est un acteur important  du marché et qui s’impose par une qualité des produits respectable.

Mais comme pour les autres produits, cette suspension encouragera sans doute le commerce du cabas ou la contrebande eu égard à la perméabilité enregistrée actuellement au niveau des frontières terrestres, des ports et des aéroports, favorisée par la complicité de certains agents de contrôle. Dans ce scénario, le phénomène de la contrefaçon ne pourra être contenu. Enfin, la question de la cohérence de la politique nationale se pose toujours en matière de commerce extérieur. “Ce n’est pas par des mesures administratives qu’on diminuera les importations et qu’on réduira les difficultés financières du pays. Nous sommes en train de donner des soins palliatifs et non des traitements de fond de la crise financière que vit le pays. C’est comme si on donnait de la morphine à un cancéreux pour soulager ses douleurs, cela ne règle pas le problème de son cancer”, observe Mohamed Kessel, spécialiste en finances et commerce extérieur.

Pour ce spécialiste, trois leviers au moins doivent être utilisés pour permettre de rationaliser efficacement la politique nationale en matière d’importations : “la réorganisation des filières à partir d’approvisionnements sains, l’acceptation de revenir à des contrôles fiables, à l’exigence des certificats de contrôle de qualité et à des contrôles normatifs (par les normes, une règle universelle pratiquée dans le commerce international), la taxation fiscale, à un seuil adéquat, des importations qui concurrencent le produit local”. Il précise que “le niveau de cette taxation ne doit pas rendre le produit importé plus cher que celui de la contrebande car cela va réduire les recettes fiscales espérées de cette taxation”.

In liberte-algerie.com

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