Le coup d’Etat a échoué en Turquie, au moins 90 morts et des arrestations

Une tentative de coup d’Etat militaire semble avoir échoué samedi en Turquie, où des milliers de personnes ont répondu à l’appel du président Recep Tayyip Erdogan, qui les a invitées à descendre dans les rues pour lui exprimer leur soutien.

Le chef de l’Etat, qui était en vacances sur la côte, est arrivé à l’aube à l’aéroport d’Istanbul, où ses partisans étaient venus l’accueillir en nombre. « L’acte de trahison » commis par les putschistes justifie « le nettoyage » de l’armée, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse improvisée. Mettant en cause l’opposant Fetullah Gülen, qu’il accuse de longue date de noyauter les instances judiciaires et militaires pour le renverser, il a ajouté que les arrestations suivaient leur cours. Des militaires loyalistes sont ensuite arrivés à l’aéroport.

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Alors qu’un membre de l’administration turque a fait état samedi en début de matinée de 60 morts, l’agence de presse publique Anatolie affirme que 90 personnes ont péri dans la tentative de putsch, essentiellement des civils, dans la capitale. Quelque 1 154 personnes ont par ailleurs été blessés lors des affrontements. Une source similaire a fait état samedi de 1 563 arrestations de membres de l’armée à l’échelle nationale. Le chef d’état-major de l’armée a été délivré après avoir été retenu en otage durant la tentative de coup d’Etat menée dans la nuit de vendredi à samedi par un groupe de putschistes au sein des forces de sécurité, a déclaré un haut responsable du pays.

A l’aube, une cinquantaine de militaires putschistes qui avaient pris position sur l’un des ponts du Bosphore à Istanbul se sont rendus. Des partisans du président Recep Tayyip Erdogan les ont ensuite pris à partie et la police a dû s’interposer, selon un journaliste de Reuters sur place. Plusieurs dizaines d’autres militaires ayant pris part à la tentative de coup d’Etat avaient déposé les armes un peu plus tôt, place Taksim, sous les yeux d’un journaliste de Reuters.

Soutiens parmi les pays de l’Otan. Le renversement d’Erdogan, qui est aux affaires depuis 2003, serait un cataclysme pour la région, alors que la guerre fait rage aux frontières de la Turquie. L’échec d’une telle tentative risque également de déstabiliser le pays, proche allié des Etats-Unis et membre de l’Otan.

Avant d’arriver à Istanbul, le président, interrogé en direct sur CNN Turquie par téléphone portable, avait appelé les Turcs à descendre dans la rue et à se rassembler sur les places pour lui exprimer leur soutien et défier les auteurs de la tentative de coup d’Etat, qui les avaient sommés de rester chez eux.

A l’étranger, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a téléphoné à son homologue turc pour lui exprimer « le soutien absolu (des Etats-Unis) au gouvernement civil démocratiquement élu et aux institutions démocratiques ». A Paris, le ministère des Affaires étrangères a plaidé pour le respect de « l’ordre démocratique ». Le quai d’Orsay a en outre invité les Français présents en Turquie à ne pas sortir de chez eux.

La tentative de coup d’Etat a débuté avec l’arrivée d’hélicoptères et d’avion de chasse dans le ciel d’Ankara, tandis qu’à Istanbul, des militaires fermaient l’accès aux deux ponts qui enjambent le Bosphore, dont l’un illuminé en bleu, blanc, rouge, en hommage aux victimes de l’attentat commis jeudi soir à Nice. Dans la capitale, un journaliste de Reuters a vu un hélicoptère de combat ouvrir le feu. Selon l’agence de presse Anatolie, le quartier général des services de renseignements a été visé.

« Conseil de paix ». Le trafic aérien a été momentanément interrompu dans tous les aéroports et les réseaux sociaux étaient inaccessibles. Des militaires ont fait irruption au siège de la TRT, la télévision publique, dont un présentateur a lu un communiqué aux références kémalistes accusant le gouvernement de porter atteinte à la démocratie et à la laïcité. Le pays sera dirigé par un « conseil de paix » qui garantira la sécurité de la population, a-t-il poursuivi, annonçant l’instauration d’un couvre-feu national et de la loi martiale.

La TRT a ensuite cessé d’émettre mais les émissions ont repris aux premières heures de samedi après ce que le personnel a qualifié de prise d’otages.

L’agence de presse Anatolie a par ailleurs annoncé que le chef d’état-major avait lui aussi été pris en otage au quartier général de l’armée, mais le premier ministre a par la suite annoncé qu’il avait repris son poste.

Dans la soirée, les putschistes semblaient pourtant en position de force. Un haut responsable européen ayant requis l’anonymat a ainsi parlé d’un coup d’Etat « relativement bien orchestré, mené par une partie importante de l’armée, pas seulement quelques colonels ». « Ils ont le contrôle des aéroports et devraient prendre le celui de la télévision sous peu. Ils tiennent plusieurs points stratégiques d’Istanbul. Etant donné l’ampleur des opérations, on a peine à croire qu’ils puissent échouer », a-t-il ajouté. « Il ne s’agit clairement pas d’un putsch de pacotille », a renchéri un autre diplomate européen qui dînait avec l’ambassadeur turc.

La Turquie, dont l’armée est la deuxième de l’Otan, joue un rôle de premier plan dans la lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique. Le Pentagone a fait savoir que le putsch n’avait pas affecté les opérations de l’aviation américaine sur la base turque d’Incirlik. En Syrie, des centaines de partisans de Bachar al Assad, dont Erdogan est l’un des plus virulents détracteurs, étaient descendus dans les rues pour célébrer la tentative de coup d’Etat et des tirs de joie ont retenti à Damas.

(l’opinion et Reuters)

 

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