Le drame des mères célibataires en Algérie

سم الله الرحمن الرحيم

Mes chers amis, toujours curieux et soucieux de ce qui se passe dans mon pays je n’ai pu rester insensible aux drames des mères célibataires, elles vivent l’infanticide, l’exclusion, l’humiliation etc…

Mais le plus grand drame reste l’absence criarde d’une législation qui doit protéger ces femmes des imams qui prêchent leur éradication et celle de leur bébé, législation qui doit impliquer le géniteur, législation qui doit protéger surtout les jeunes filles mineures et les aider.

Un semblant de progrès se dessine puisque ce sujet n’est plus déclaré tabou car soulevé à l’Assemblée Populaire Nationale, j’espère qu’il aura le vent en poupe jusqu’à ce que des solutions soient trouvées et appliquées.

Les mères célibataires en Algérie. l Le phénomène des mères célibataires semble faire un pied de nez à la société algérienne à fort ancrage traditionnel et religieux.

En effet ce sujet prend de plus en plus d’ampleur ; En Février 2017 plus de 3000 naissances hors mariage ont été enregistrées dans les centres d’accueil pour mères célibataires , cela est un chiffre approximatif car beaucoup de futures mamans refusent de se présenter à ces centres de peur d’être reconnues et de couvrir d’opprobre et de rejet ;

Selon la direction de l’Action sociale, 172 enfants abandonnés ont été recueillis par la pouponnière l’année dernière ( 2016) alors que depuis le début de l’année une quinzaine d’enfants ont été placés dans cette structure.

En fait, ce chiffre ne concerne que les plus «privilégiés» d’entre les nouveau-nés abandonnés, à savoir ceux laissés dans les maternités ou encore ceux déposés volontairement par leurs mamans au siège même de la pouponnière. Sinon les nouveaux nés sont abandonnés dans la rue . Devant des conditions climatiques difficiles, ces nourrissons finissent par périr. Cette année 10 nouveau-nés ont été découverts dans les rues d’Oran.

La plupart ont été découverts morts et leurs dépouilles évacuées vers la morgue. En 2011, une trentaine de cadavres de nourrissons ont été découverts abandonnés dans les rues et les quartiers de la wilaya d’Oran.

Constituant des proies pour les animaux errants et victimes des mauvaises conditions climatiques, certains bébés ont été découverts en état de décomposition très avancé, mutilés, morts par strangulation ou par hypothermie. Le cas le plus stupéfiant est celui d’une jeune maman et son nouveau-né entre les jambes ont été découverts en état de décomposition très avancé dans la «Forêt des lions», entre Oran et Arzew .

Un nouveau-né de sexe masculin a aussi été découvert dans une valise devant un bain maure à Sidi El-Bachir.

D’autres ont été découverts dans des décharges ou des gares routières entre autres. une grossesse illégitime constitue un tabou sur le plan social est également un péché du côté religieux mais la pauvreté contraint les jeunes filles à la prostitution ; la moyenne d’âge du mariage qui dépasse les 28 ans pour les filles et 33 ans pour les garçons, ce qui les poussent à chercher des relations hors mariage, car ils n’ont aucune perspective de pouvoir fonder, un jour, un foyer à cause, de la cherté de la vie de la crise du logement et du problème du chômage.

Il existe des femmes et des jeunes filles devenues enceintes et rejetées par leur partenaire car prises au piège de leur crédulité et leur confiance.

Il y en a d’autres victimes de l’inceste et forcées de s’enfuir de chez elles, celles qui sont violées dans le coin d’une rue ou sur le terrain vague de leur cité. ; par peur ou par ignorance renoncent à dénoncer et préfèrent fuir le foyer familial, et mettre au monde leur enfant et l’abandonner par la suite» Elles sont toutes unies par la détresse, portent seules le lourd fardeau de la culpabilité, leurs discours se ressemblent, leur vécu aussi.

Elles vivent sous le poids des mêmes conditions existentielles pénibles, ont toutes perdu l’espoir que leur situation puisse un jour changer et continuent à subir le poids de l’injustice sociale. Elles vivent toutes sous l’ombre d’une société intolérante, réprobatrice et moralisatrice qui les renie définitivement.

Culpabilité, honte, crainte… avoir un enfant de manière « illégitime », suscite les foudres et le rejet de leur entourage Elles décident alors d’abandonner un enfant pourtant conçu à deux, mais qui se retrouve en fin de compte démuni de parents, taxé à jamais de «bâtard».

Elles continuent à payer toute leur vie le prix de leur «péché», de leur violation des règles sociales. Les sociétés traditionalistes, comme la nôtre cachent sous l’invention de tabous leurs défaillances et incapacité ; au lieu d’expliquer et éduquer elles préfèrent se cacher derrière des lois inventées pour fuir les problèmes qui portent atteinte à son bon fonctionnement. Dans ce sens, les mères célibataires sont honnies de la société car ayant eu des relations sexuelles illégitimes alors que le sexe, est tabou, banni, interdit.

Celles qui transgressent cette loi sont classées dans la case des exclues. La société algérienne reste une société traditionaliste qui préfère condamner tout ce qui a trait au sexe. les familles dont l’éducation est fondée sur la répression, les non-dits et l’absence de communication sont celles qui donnent naissance à des générations frustrées, complexées, ignorantes de tout ce qui se rapporte à la sexualité et donc, prédisposées à tomber dans le piège de l’ignorance du sexe. 1237 enfants ont été enregistrés dans les 41centres du pays jusqu’en novembre 2016.

Au sein de l’établissement Diar Errahma à Alger dans une chambre assez spacieuse du pavillon réservé aux mères célibataires et qui compte 24 chambres, dont la capacité d’accueil de chacune est de 3 à 4 personnes des mères célibataires qui trimballent avec elles, une histoire et une souffrance terrible.

Livrées à elles-mêmes, contraintes d’affronter et d’assumer une réalité des plus dures, ces jeunes femmes se sont retrouvées hébergées dans ce centre d’accueil étatique qui leur offre une prise en charge pluridisciplinaire à compter du 7e mois de grossesse.

Elles consultent régulièrement le service de psychologie, nourries, logées, suivies par un gynécologue, encadrées par des éducateurs qui leur assurent des formations en couture coiffure et autres. Elles attendent aussi la délivrance qui n’en est pas une, puisqu’une fois le bébé mis au monde, une longue et interminable lutte contre toute une société s’impose.

Elles sont une vingtaine dans cet établissement à porter l’étiquette de mère célibataire, à être confrontées au pire après avoir été renié par les leurs. En proie à un terrible sentiment de culpabilité, Sonia une brunette de 21 ans, n’a pas manqué d’exprimer crie sa haine contre une société machiste qui condamne sévèrement les femmes.

Reniée par sa famille, elle a du abandonner son enfant à l’hôpital pour pouvoir regagner la demeure familiale et y vivre, enfermée, à jamais. A l’image de Sonia, des jeunes mères célibataires continuent à souffrir le martyr en attendant d’être un jour reconnues par la société.

Le paradoxe d’une société patriarcale : incriminer la mère et déresponsabiliser le père. La société incombe la responsabilité de la grossesse uniquement à la femme. Dans cette situation, le rapport à l’homme est exclu. La loi d’inspiration moraliste et religieuse nie la femme devenue mère célibataire. Certes si l’interdit religieux touche l’homme et la femme, l’attitude de la société est plus tolérante et permissive envers l’homme.

Le géniteur n’a aucune obligation à reconnaître l’enfant sauf dans le cas où la mère est mineure. Le machisme de la société autorise l’homme à faire ce qu’il veut, ou de fuir même s’il a commis des fautes, personne ne viendra l’inquiéter. Par ailleurs celles qui tentent d’entamer une procédure de reconnaissance en paternité, sont souvent déboutées car la loi ne leur permet pas de poursuivre le géniteur en justice Le réseau Wassila a mis en exergue le »vide juridique » concernant la prise en charge des mères célibataires qui veulent donner à leur enfant le nom du père et de responsabiliser ce dernier.

En mars de cette année, la juriste et présidente de la Fondation pour l’égalité des femmes et des hommes a confirmé l’absence de textes sur le plan institutionnel sur la prise en charge des mères célibataires ou des femmes en difficulté. Ce sujet été évoqué à l’Assemblée Populaire Nationale ce jeudi9 Février 2017 à travers une question adressée à Madame Mounia Meslem ministre de la Condition de la Femme.

Mme Meslem interpelle sur la situation «intenable» vécue par ces mères célibataires, dont la plupart, signale-t-elle, sont des mineures. Fini les tabous. Aujourd’hui, plus que jamais, avec l’évolution des mentalités, il faut oser parler de « ces femmes, qui n’ont pas choisi leurs situation, qui ont besoin d’un soutien concret qui mettra fin à leur marginalisation dans la société», plaide la ministre.

En plus des aides sociales et financières visant à tirer ces dernières de leur condition de pauvreté, il faut, déclare-t-elle, «des lois pour protéger les mères célibataires, victimes d’un mariage de la Fatiha». Rappelons que le mariage par la Fatiha est un mariage uniquement religieux, enregistré nulle part donc l’épouse n’a recours à aucune autorité en cas de violence, d’abandon du domicile conjugal etc..

Par ailleurs celles qui tentent d’entamer une procédure de reconnaissance en paternité, sont souvent déboutées car la loi ne leur permet pas de poursuivre le géniteur en justice Par ailleurs celles qui tentent d’entamer une procédure de reconnaissance en paternité, sont souvent déboutées car la loi ne leur permet pas de poursuivre le géniteur en justice.

Une reconnaissance réelle de cette frange de la société marginalisée est pratiquement impossible compte tenu du discours religieux rigoriste et intransigeant, espérons que les politiques prennent ces drames au sérieux et leur trouvent une solution.

Dr Ismail GUELLIL

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