Quelle sera la démarche du gouvernement Ouyahia sur le plan du commerce extérieur ? C’est une question qui a son pesant d’embarras et d’interrogations, lorsqu’on considère les conséquences économiques, sociales et diplomatiques des licences d’importation initiées par l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et accélérées par Abdelmadjid Tebboune, éjecté le 15 août dernier de son poste de Premier ministre.

Ces licences, expliquées comme étant une réponse à la réduction drastique des recettes extérieures du pays, basées à 96 % sur les exportations pétrolières, mais aussi comme une voie de « secours » pour préserver les réserves de change qui sont en train de descendre sous la barre de 100 milliards de dollars, ont fini par mettre en colère un certain nombre de partenaires commerciaux de l’Algérie, à commencer par l’Union européenne (UE) qui a clairement fait montre de sa « désapprobation » par rapport aux mesures prises par les autorités algériennes pour réduire les importations. Étant passées de 60 milliards de dollars, en 2013, à quelque 45 milliards de dollars en 2016, ces importations pèsent lourdement dans la balance commerciale, créant un déficit de plus 25 milliards de dollars en 2016.

Au premier semestre de l’année 2017, le déficit dépasse 5 milliards de dollars. L’année sera clôturée probablement avec un déficit de 10 à 11 milliards de dollars.

Le précédent gouvernement comptait faire descendre le niveau des importations à 30 milliards de dollars. Une gageure, selon les experts et les opérateurs économiques nationaux. Déjà, avec les quelques restrictions induites par les premières licences d’importations, plusieurs produits ont disparu du marché, sans qu’il soit possible de les remplacer, dans l’immédiat, par des produits nationaux. Le sommet de l’aventure semble être atteint lorsque des malades chroniques ne trouvent plus dans les officines leurs médicaments (ni en générique ni en molécule mère). Le ministère de la Santé a beau rassurer les citoyens et les malades, la dure réalité est là. Quant à la cacophonie régnant dans le secteur automobile, elle n’annonce rien de clair pour le futur immédiat, ni en direction des importateurs ni en direction de ceux qui se sont installés comme « constructeurs » (opérations de montage, parfois suspecte, dont le taux d’intégration est ridicule).

La crise financière que vit l’Algérie depuis 2014 n’ayant rien de conjoncturel – elle est inscrite dans l’essence et la nature même d’une industrie purement extractive, exploitée sous forme de rente viagère -, il est dans l’ordre normal des choses que les partenaires de l’Algérie, qui voyaient, et qui voient toujours, dans notre pays un grand marché de 42 millions de consommateurs, soient contrariées dans leurs stratégies commerciales qui n’avaient pas exigé, jusqu’à un passé récent, d’efforts particuliers pour inonder le marché algérien. Encore mieux, les produits issus du territoire de l’Union européenne bénéficient de circonstances favorables et avantageuses, en vertu de l’Accord d’association signé avec l’Algérie en 2002 et entré en vigueur le 1er septembre 2005. En bénéficiant de dégrèvements douaniers, en perspective de l’ouverture de la zone de libre-échange en 2020 (initialement, elle était programmée pour 2017), les produits européens créent pour les produits nationaux, et même pour les produits importés des autres continents, une concurrence déloyale, mais… légale! Si le Trésor algérien a pu « supporter »- entre 2005 et 2014-, sans contrainte majeure, les manques à gagner issus de ces dégrèvements des droits douaniers, en raison de l’embellie financière qui y avait régné, avec un baril au-dessus de 100 dollars, il en va autrement depuis la fin de l’année 2014. Des voix commencent à s’élever – chez les experts nationaux et au sein de l’opposition politique – pour réclamer la révision de l’Accord d’association. Certains analystes s’étaient exprimés au moment même de la signature de l’Accord, pour le qualifier d' »inopportun » et de « prématuré » par rapport à l’état de l’économie algérienne, tournée exclusivement vers l’exploitation de la rente pétrolière.

Sur un autre plan, le processus d’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’a pas été omis par les analystes de la scène algérienne. Certains mettent en garde contre la précipitation, particulièrement dans le contexte de la crise actuelle. En tout cas, c’est un processus qui traîné en longueur, et ce, depuis qu’il a été initié en 1987. Le premier groupe de travail s’est réuni en 1998, avec une délégation algérienne conduite par l’ancien ministre du Commerce, feu Bakhti Belaïb. Depuis lors, l’Algérie reçoit presque régulièrement des « questions » de la part de cette organisation et y répond selon les possibilités et l’état de l’économie nationale; car, en résumé, la plus grande partie de ces questions a un dénominateur commun, celui de la libéralisation de l’économie. Ce concept est décliné en articles ou alinéas prenant la forme d’interrogations.

Le dernier point d’actualité en rapport avec ce vieux dossier, est cet « engagement » des États-Unis, datant de mars dernier, à « accompagner l’Algérie dans son processus d’accession à l’OMC », en promettant de lui apporter « appui et assistance ».

Dans la foulée des questions posées à l’Algérie, figure celle issue des derniers aménagements que le gouvernement algérien avait apportés à l’activité d’importation. En instaurant les licences d’importation, l’Algérie s’attendait naturellement à ce genre d’attitude, non seulement de la part de l’Union européenne, mais aussi de l’Organisation mondiale du Commerce, et ce, dans le cadre du processus d’adhésion de l’Algérie à cet organisme multilatéral, enclenché depuis trente ans.

L’un des détails de la question relative à ce volet, tel que révélé par le ministère du Commerce en mars 2017, porte sur l’importation de médicaments, pour laquelle la licence instaurée est considéré par les USA comme une « restriction allant à l’encontre du principe de libre-échange ». À travers une telle vision, l’on a un avant-goût de ce que représente globalement l’ « esprit OMC ».

Ce lointain rejeton de l’ancien GATT (Accord général sur les tarifs douaniers) a pu nourrir une polémique en Algérie, et ce, dès la prise de fonction, en juillet 2015, de l’ancien ministre du Commerce, Bakhti Belaïb. Ce dernier avait reproché à ses prédécesseurs de n’ « avoir rien fait », depuis la première réunion du groupe de travail en 1998, pour activer le processus d’adhésion de l’Algérie à l’OMC. En d’autres termes, il a retrouvé le processus presque au même point où il l’avait laissé à cette date-là.

Après ce constat négatif, les choses étaient toujours restées en l’état. Pire, la crise financière qui frappe l’Algérie depuis trois ans n’est pas de nature à instaurer un climat favorable à un empressement pour une adhésion à une organisation connue pour ses théories et ses pratiques libérales dans les échanges commerciaux. L’OMC soutient que la croissance de l’économie mondiale est, en partie, imputable, à la réduction des barrières tarifaires. Elle fait valoir cette option, en avançant l’argument suivant: « Des politiques commerciales libérales, celles qui garantissent la circulation sans restriction des biens et des services, accroissent la concurrence, encouragent l’innovation et engendrent le succès. Elles amplifient le bénéfice que l’on peut retirer de la production la meilleure, la mieux conçue et effectuée au meilleur prix ».

Sur ce point précis, à savoir le démantèlement des barrières douanières, l’Algérie se trouve être bien édifiée par la leçon de l’Accord d’association avec l’Union européenne. Mis en application dans une espèce d' »euphorie », dans un contexte d’embellie financière, il aura occasionné au trésor public algérien des pertes évaluées à pas moins de 400 millions de dollars/an. Cela, sans compter les dommages « collatéraux » d’une concurrence féroce imposée à la production nationale.

La crise économique se confirmant de jour en jour, et ce malgré le regain de « vigueur » de quelques dollars pour le baril de pétrole au cours du premier semestre 2017, l’Algérie est censée se garder de foncer tête baissée dans la conclusion des accords commerciaux qui vont à contre-courant de ses intérêts immédiats et futurs.

L’entrée de l’Algérie dans l’OMC ne peut pas rester sans incidence sur la santé économique du pays, déjà largement fragilisée, et sur les volets sociaux. Pour certains secteurs ou produits, des pays industrialisés ont fait valoir une forme de sélection dans leurs rapports avec les principes de l’OMC, à l’image des produits de la culture, pour lesquels ils ont instauré ce qui a fini par prendre le nom d’ « exception culturelle »; principe par lequel ces pays comptent préserver la diversité culturelle contre le danger de l’uniformisation.

In lematindz.net

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