Lutter contre la pauvreté, c’est aussi redonner le goût de l’action contre l’injustice et pour la reconnaissance sociale. C’est accepter et assumer la fragilité.

La pauvreté, c’est avoir faim. La pauvreté, c’est être sans abri. La pauvreté, c’est être malade et ne pas pouvoir voir un médecin. La pauvreté, c’est ne pas pouvoir aller à l’école et ne pas savoir lire. La pauvreté, c’est ne pas avoir de travail, s’inquiéter de l’avenir et vivre au jour le jour.

La pauvreté a de nombreux visages. Elle change de lieu en lieu et avec le temps. Elle a été décrite de maintes manières. Le plus souvent, la pauvreté est une situation à laquelle les gens veulent échapper. La pauvreté est donc un appel à l’action – pour les pauvres comme pour les riches –, un appel à l’action pour changer le monde pour que beaucoup plus de gens aient assez à manger, un logement décent, accès à l’instruction, à des soins de santé et à la protection contre la violence, ainsi qu’un mot à dire par rapport à ce qui se passe dans leur collectivité.

A une époque où chacun se voit sommé de réussir et d’être performant, sans doute n’a-t-on jamais autant parlé de mal-être social et de pauvreté.

Dans ce contexte, la fragilité prend la forme d’un fardeau, d’une charge, voire d’une pathologie.

Elle risque de rimer avec échec et malheur. Les plus affaiblis par les logiques économiques actuelles et la pression sociale éprouvent un surcroît de tension. Ils ne trouvent plus d’espaces de reconnaissance et souffrent de voir sur l’écran de télévision l’argent s’étaler ; alors que leur quotidien devient de plus en plus précaire. Une culture du ressentiment se développe dans la société

Dans De la démocratie en Amérique, Tocqueville parlait déjà, en 1840, du sentiment qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, se retirant à l’écart avec sa famille et ses amis ; de sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. L’abstention encore importante d’un côté et la tentation extrémiste de l’autre montrent l’accélération de ce processus.

La question des repères, du « lien social », du vivre ensemble, se pose alors de manière cruciale. Sans noircir la réalité, qui comporte aussi des pôles de résistance, la situation actuelle appelle une mise à plat :
Quelles sont les conditions d’un « vivre ensemble » qui permette à chacun de trouver sa place et à la société d’être facteur de lien ? Quelles postures politiques adopter face à l’inquiétante montée de la pauvreté et des inégalités sociales ?
Voici quelques années, des acteurs sociaux, convaincus que notre avenir était porteur d’espérance, agissaient avec la conviction d’avoir prise sur leur existence. Ils trouvaient dans une philosophie de l’histoire, dans de grands récits d’émancipation, portés par un mouvement ouvrier fort, des ressources pour agir. Aujourd’hui, la méfiance vis-à-vis du politique, et l’injustice la césure entre histoire et promesse, la crise des appartenances sociales et la

mondialisation néolibérale laissent parfois les citoyens avec un cruel sentiment d’impuissance.
Nous voilà interrogés de manière radicale sur les ressources pour retrouver goût à l’action contre l’injustice, oui contre l’injustice l’oppression et l’exclusion ; et, plus positivement, pour que chacun – en particulier les plus défavorisés –, ait sa place.
Dans cette contribution, je voudrais rappeler combien la mise au ban de la société d’un certain nombre de catégories sociales relève, non seulement d’une cruelle injustice oui d’une cruelle injustice et d’une atteinte à la dignité de nombreuses personnes, mais d’une mise en danger de notre démocratie.

D’où la nécessité de penser une saine reconnaissance, tout en mesurant cependant les limites de cette notion. Et, face à la logique libérale, de souligner l’importance de prendre en compte le concret de la situation des individus. Nous nous arrêterons, en particulier, sur la considération nécessaire de l’espace comme dimension politique. Finalement il s’agira ici de montrer la nécessité de renverser les imaginaires contemporains, et d’orienter les actions dans le sens d’une politique de la fragilité.

Pauvreté, acosmisme, reconnaissance

Depuis la nuit des temps, le pauvre, l’exclu, celui dont l’existence se confond avec la misère, vit une double souffrance

L’expérience du manque et de la « rareté » ; celle du mépris, de l’injustice et de la stigmatisation ou du rejet. « Un pauvre parle-t-il, dit le Livre du Siracide, et l’on dit« Qui est-ce ? » et s’il trébuche, on le pousse pour le faire culbuter »

1) Or cette expérience de la mise à l’écart, ou du mépris, ou l’injustice n’atteint pas seulement la dignité de la personne concernée, elle contribue de manière indirecte à gangrener la démocratie.

Étienne Tassin a bien montré, à la suite de Hannah Arendt, les dangers pour les parias de nos sociétés de perdre le souci du monde.

Ce processus renvoie à ce que la philosophe du politique appelle un « acosmisme de déliaison ou de fusion ». Le premier se caractérise par un rejet du monde, un repli sur soi et une « émigration intérieure » qui rapportent au seul moi le tout de l’existence.

La seule logique d’accumulation prônée par le capitalisme se traduit par une absence de souci pour monde. Alors que l’acosmisme de la déliaison sépare les individus par une focalisation sur le moi, celui de la fusion procède d’une union des individus conquise contre le monde et par identification au tout de sa communauté

2). Les « persécutés » se rapprochent au point de faire disparaître le monde en éliminant tout ce qui est entre eux et les tient séparés les uns des autres. Ceux qui se replient sur eux-mêmes se montrent indifférents aux autres ; ils éprouvent des difficultés à comprendre le monde hors de leur intérêt propre. Ils perdent le sens des nuances et manquent de discernement. L’extrême pauvreté, en particulier, réduit l’être humain à son seul corps et à ses manques : la souffrance endurée enferme celui qui l’éprouve en lui-même, le rendant inaccessible

3) Face à une telle situation, il est nécessaire d’insister sur l’importance de l’amour, du droit et de la solidarité de la justice et égale pour tous, l’humanité comme modalités de la reconnaissance et de bannir la discrimination

4) L’amour relève des relations primaires qui, sur le modèle des rapports érotiques, amicaux ou familiaux, impliquent des liens affectifs puissants entre un nombre restreint de personnes. La reconnaissance juridique permet au sujet de comprendre ses actes comme une manifestation, respectée par tous les membres de la communauté, de sa propre autonomie. Enfin, avec la solidarité, les personnes goûtent à l’estime sociale, ce qui leur permet de se rapporter positivement à leurs qualités et à leurs capacités concrètes. L’expérience de l’amour donne accès à la « confiance en soi ». L’expérience de la reconnaissance juridique permet le « respect de soi ». L’expérience de la solidarité donne accès à l’« estime de soi ».

Par-delà la reconnaissance

Ce détour offre un horizon à toute politique qui s’efforce de donner une juste place aux personnes atteintes par la pauvreté ou l’exclusion. Face au danger de l’acosmisme, il convient de valoriser la reconnaissance des plus défavorisés. À condition de s’entendre sur ce terme. Car une première question surgit : « Qui reconnaît ? ».

Certains peuvent trouver des formes de reconnaissance – sous le mode de l’amour, du droit et de la solidarité – de la justice et de l’humanité dans des groupes de délinquants organisés, d’extrémistes, de mouvements sectaires ou antidémocratiques.
Aussi le paradigme de la reconnaissance doit-il concerner l’ensemble de la société, par l’intermédiaire des institutions et de tout ce qui représente d’une manière ou d’une autre la société civile.

Sans un tel souci, porté par le plus grand nombre, les individus exclus, méprisés, ne vivront plus à proprement parler une absence de reconnaissance, mais une« pathologie de reconnaissance ». Non pas au sens où Kant parle d’une manie de l’honneur, où l’effort de l’individu pour se faire une réputation honorifique s’attache à la seule apparence. Mais au sens où ces individus, renvoyés à la marge, structureront leur identité et développeront des imaginaires à partir d’un type de reconnaissance attisé par la haine du reste de la société

5) Par ailleurs, même si, par exemple, une municipalité s’efforce de reconnaître la capacité des habitants de quartiers défavorisés à participer à la vie de leur cité, beaucoup n’osent pas prendre la parole. Ils déclinent les invitations à la participation citoyenne :

« On n’y connaît rien ! ». La peur alors d’être jugé, de paraître idiot ou incompétent se manifeste, et cette crainte empêche certains de parler en public, de prendre part à la vie de la cité. Le problème ne relève plus seulement de la reconnaissance, mais d’un travail sur soi des sujets en détresse sociale. Ce travail doit certes être accompagné, mais il demande à celui qui vit ces craintes de parole un vrai déplacement de ses représentations.

Il convient encore de se demander : « Que doit-on reconnaître ? ». Certaines formes de reconnaissance risquent parfois de réduire l’autre à une culture qu’il ne revendique pas nécessairement. L’on insiste, par exemple, sur la reconnaissance de tel ou tel aspect de la culture de jeunes de quartiers populaires issus de l’immigration ; une culture à laquelle eux-mêmes ne se sentent pas appartenir. On les enferme dans une culture qui, en fait, renvoie plus à celle de leurs parents ou grands-parents. Certes, il ne s’agit pas de nier les racines, d’évacuer la mémoire « adjuvant » nécessaire de la structuration de l’identité, mais de penser le « que »

de la reconnaissance. Ces jeunes construisent leur identité dans un subtil mélange entre le pays dans lequel ils vivent et ce qui leur a été transmis par les parents.
L’enjeu, ici, pour l’estime de soi, est de savoir de quelle façon on va garantir aux jeunes générations issues de l’immigration la capacité de négocier une « transaction avec deux univers culturels différents et cela, sans verser dans la crispation identitaire sur la culture de leurs parents, qui n’est sans doute plus la leur, et sans non plus la renier. Il y va de la possibilité de développer et de maintenir une estime de soi dans une société où les appartenances et les modes de vie culturels sont multiples et mouvants »

Contextualité et politique

6) Face à un morcellement du sens, la logique libérale propose de penser le « vivre ensemble » à partir d’individus abstraits

7) coupés de leurs cultures, de leurs origines et regroupés par des principes formels – liberté, égalité, fraternité – qui contrastent souvent avec la réalité sociale. Or il conviendrait plutôt de penser l’organisation politique de la société en prenant en compte les êtres humains dans leur contextualité

8) Nous ne prendrons qu’un exemple, celui du rapport à l’espace. L’instabilité de l’homme contemporain, du pauvre en particulier, le rythme de l’accélération du temps, la multiplicité des nouvelles techniques, qui virtualisent l’espace et évacuent le corps

9) contribuent, d’une certaine façon, à faire de l’être humain de notre époque un individu à la fois décentré, sans patrie et en exil. Cet « être humain » ressent alors le monde comme inhumain, injuste violent et menaçant. Face à cette situation, il convient, plus que jamais, de défendre l’idée selon laquelle l’espace est politique et stratégique.

S’il paraît neutre, de prime abord, indifférent par rapport au contenu, c’est justement parce qu’il est occupé, aménagé, déjà objet de stratégies anciennes. Mais de stratégies dont on ne retrouve pas toujours les traces. L’espace a été façonné et modelé à partir d’éléments historiques ou naturels, mais politiquement. La production de l’espace ne peut pas se comparer à la production de tel ou tel objet particulier, de telle ou telle marchandise. Et cependant, il y a des rapports entre la production des choses et celle de l’espace. Certains groupes particuliers s’approprient l’espace pour le gérer, l’exploiter. Cette dimension de la condition humaine est un produit de l’histoire

10) Et s’il résulte fréquemment d’une logique étatique ou mercantile, il est souvent, pour les citoyens les plus défavorisés, synonyme de passivité et d’impuissance. Défendre un véritable « droit à l’espace », à l’urbain, devrait être l’occasion, pour les individus, d’accéder au rang de citadins-citoyens. Cela implique une réelle politique de la participation, mais aussi un souci particulièrement volontaire de mixité sociale.

D’un côté, dans les civilisations postindustrielles, les nouvelles technologies dématérialisent l’espace du citoyen. Les sociétés hyper technicisées – avec téléphone portable, répondeur, messagerie électronique, télétravail… se croient des civilisations de la communication; or elles se réduisent plutôt à une « connexion vide » souvent enfermée dans l’ethnocentrisme.

D’un autre côté, des hommes marqués par la pauvreté se voient condamnés à « vivre » dans des ghettos ou des banlieues stigmatisées.

S’il convient de promouvoir une véritable politique de l’espace, il s’avère essentiel de penser non pas une politique pour le pauvre, mais à partir et avec lui. Comment promouvoir des individus autonomes et une société où les règles soient réellement l’objet d’une production par les citoyens eux-mêmes ?

En particulier par ceux qui, de par leur fragilité sociale, ont souvent rompu avec les pratiques citoyennes de participation au débat public ? Plutôt que de dire « vous avez la parole », il vaut mieux donner concrètement les moyens pour que cette expression dans l’espace social se développe : la formation à la prise de parole, le développement d’outils culturels contribuant à former des individus libres et responsables.

Une révolution copernicienne

Le défi actuel consiste à chercher le sens du vivre ensemble, en gardant comme axe essentiel non plus la performance ou la compétition, mais la fragilité. Une telle visée nous invite à une véritable révolution copernicienne des valeurs, à de nouvelles manières de penser notre vivre ensemble. Pour l’individu, comme pour la société, quel équilibre trouver entre le dépassement et le consentement à la « fragilité » ?

Promouvoir une « politique de la fragilité » ne consiste pas à s’apitoyer sur la souffrance des pauvres ou des exclus. Il ne s’agit pas de penser l’organisation de la cité, de la société, avec une surcharge émotionnelle envers les opprimés, mais d’appréhender la socialité de l’existence à partir d’un des éléments essentiels de la condition humaine, la fragilité.

Qu’il s’agisse d’une société ou d’une personne singulière, être « soi-même », avec ses blessures, sa vulnérabilité, c’est assumer une identité que l’on n’a pas choisie et, en même temps, se construire dans le questionnement critique des valeurs reçues, des idéaux et des rencontres que l’on fait.
Lorsque l’on accueille en soi la fragilité et qu’on lui donne même une dimension politique, quelque chose de notre rapport à l’autre change.

La personne agressive rencontrée dans la cage d’escalier, le compagnon de travail armé de paroles blessantes pour autrui ou le jeune délinquant nous apparaissent également comme blessés et vulnérables. La violence de leurs propos, de leur attitude, se révèle comme une fragilité qui ne parvient pas à se dire, une manière maladroite de formuler une demande d’amour.

Nous voici invités à porter sur eux un autre regard : chemin vers un avenir partagé. À l’inverse, même s’il ne s’agit aucunement de l’évacuer, toute expression de la « force » n’ouvre pas une voie pour faire route en humanité.

Il existe même une « fragilité de la force », celle de l’autosuffisance. Celle qui consiste à se penser comme étant à soi-même sa propre référence, son unique fondement. La force de celui qui pense ne pas avoir besoin des autres, de celui qui croit qu’une existence se passe en jouant des coudes.

Mais il existe une force au cœur de la fragilité. Une force qui prend forme dans les expériences de solidarité ; une force qui trouve sa source et son chemin dans le geste d’attention à l’autre, lui mon « frère en fragilité ».

D’autres manières de vivre ensemble sont à explorer. Un autre monde est possible : oui si, face à une société mondialisée qui prône la performance, l’on pense, au contraire, à partir de celui qui a échoué, du marginal, de l’exclu, de l’opprimé.

Une politique de la fragilité valorise la capacité des sujets à avoir prise sur leur existence, à agir sur la réalité et à modifier quelque chose du monde ; en assumant et dépassant, parfois, la vulnérabilité, grâce à l’action et au partage avec autrui. Le problème de la pauvreté demeure une question éminemment politique posée non seulement aux Politique et aux medias, mais à l’ensemble des citoyens.

Quels sont les principaux facteurs de pauvreté ?

La pauvreté, un problème social :

Le manque d’argent est un problème auquel nous avons tous été confrontés. Cette expérience individuelle n’est cependant pas à confondre avec la pauvreté en tant que problème social. L’argent étant une preuve tangible de richesse, le manque de liquidités n’en est pas moins un signe de pauvreté.

La pauvreté en tant que problème social est un mal pénétrant qui affecte multiples aspects de la culture et de la société
Par conséquent, les revenus parmi les membres des communautés demeurent invariablement faibles, l’accès aux services tels que l’éducation, les marchés et la santé n’est que peu développé et les capacités de prises de décisions sont insuffisantes. Cette pénurie affecte également les installations sanitaires communales et l’eau courante, de même que les réseaux routiers et les facilités de transports et de communications.

Hormis cet état d’indigence matérielle et infrastructurelle, il existe une « pauvreté d’esprit » qui emprisonne les membres de cette communauté dans le maintien et le partage du désespoir, de l’affliction, de l’apathie et de l’inhibition. La pauvreté et en particulier les éléments qui l’y prédisposent, relèvent d’un problème social qui nécessite de même une solution sociale.

Ce site de formation démontre qu’il ne s’agit pas de soulager les symptômes de la pauvreté, mais d’en supprimer les facteurs. Ce feuillet aborde les « cinq plaies », facteurs contribuant au problème social de la pauvreté.
Un simple transfert de fonds destiné aux victimes de la pauvreté ne suffira pas à faire disparaître ou réduire la pauvreté.

Cette mesure ne soulagera les symptômes qu’à court terme et ne peut être considérée comme une solution durable.
La pauvreté en tant que problème social appelle des mesures sociales, à savoir l’élimination totale, consciente et volontaire des cinq facteurs de la pauvreté.

Facteurs, causes et historique

Un « facteur » et une « cause » ne sont pas tout à fait la même chose. Une « cause » contribue à l’apparition d’un problème tel que la pauvreté, tandis qu’un « facteur » contribue à nourrir et à faire perdurer ce problème après son apparition.
Le colonialisme, l’esclavage, la guerre l’injustice la discrimination et les conquêtes sont autant de causes historiques qui ont, à l’échelle mondiale, contribué à la pauvreté.
Cependant, ces causes et ce que nous considérons comme des facteurs d’entretien des conditions de pauvreté sont deux aspects sensiblement différents.

La différence se manifeste dans notre façon de combattre aujourd’hui ces causes. Il nous est impossible de retourner en arrière et de changer le passé. La pauvreté existe. Elle a ses causes. Nos possibilités d’intervention sont orientées sur les facteurs qui entretiennent la pauvreté.

Durant les deux grandes guerres dévastatrices, de nombreux pays d’Europe furent réduits à la pauvreté la plus crasse, le peuple ne survivant qu’au crochet de l’aumône et de la charité.

En quelques décennies ces pays se sont élevés à un niveau de revenus domestiques considérable, une ascension concédant à ces nations modernes de citoyens prospères un statut de pouvoir et d’influence. Nous savons également qu’une multitude d’autres pays demeurent toujours parmi les moins développés de la planète, et cela malgré les soi-disant « plans d’aide » s’élevant à plusieurs milliards de dollars qui leur ont été accordés. Pourquoi ?

Les facteurs de pauvreté ont été totalement négligés au profit exclusif des symptômes. Sur le plan national ou international, un faible PIB (Produit Intérieur Brut) ne renvoie pas directement à la notion de pauvreté ; il en constitue plutôt un symptôme en tant que problème social.

Les facteurs de pauvreté (en tant que problème social) énumérés ci-après l’ignorance, la maladie ; l’apathie, malhonnêteté et la dépendance ne peuvent être considérés qu’en tant que conditions sur lesquelles il ne nous appartient pas de porter de jugement de valeur quel qu’il soit.

Ces conditions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles font partie d’une réalité. Si l’intention de réduire et d’éliminer la pauvreté s’inscrit dans une démarche de groupe (communautaire ou sociale), l’observation et l’identification – sans jugement de valeur – desdits facteurs constituera une étape primordiale dans l’action menée pour éliminer cette pauvreté.

Les « sept plaies contribuent à leur tour aux effets
Secondaires tels que le manque de marchés et d’infrastructures, la médiocrité des gouvernements et de leurs dirigeants, le sous-emploi, le manque de compétences, l’absentéisme, la corruption l’injustice le manque de capitaux et autres. Chacun de ces problèmes est d’ordre social, imputable à une ou plusieurs des  » sept plaies
Qui contribuent à la perpétuation de la pauvreté. L’éradication des  » sept Plaies » devient ainsi une nécessité si l’on veut éliminer la pauvreté.

Ignorance

L’ignorance renvoie à un manque d’information ou de connaissances. Elle se distingue de la stupidité qui est un manque d’intelligence, mais aussi de la naïveté qui est un manque de sagesse. Ces trois caractéristiques sont souvent confondues.

« Knowledge is power », dit le vieux dicton anglais : la connaissance donne le pouvoir. Quelques individus trop conscients des vertus du savoir, s’emploient à taire certaines connaissances et à empêcher les autres d’y accéder, en vue de s’approprier un avantage peu équitable. Lorsque vous formez quelqu’un à une compétence spécifique ou que vous distribuez une information, ne comptez pas sur la transmission de ce savoir aux autres membres de la communauté.

Il est important d’identifier l’information manquante. La plupart des planificateurs et autres individus dotés de bonnes intentions œuvrant pour fortifier les communautés, pensent que la solution est dans l’éducation.

Or, l’éducation a plusieurs sens. Toute l’information n’a pas toujours sa place dans un contexte donné. Le fait de savoir que Shakespeare a écrit une pièce dans laquelle les personnages de Roméo et Juliette se donnent la mort ne sera d’aucune utilité à un fermier. La connaissance du type de semences en fonction de la qualité du sol, s’avérera en revanche nettement plus salutaire.

La formation proposée dans cette série de documents sur l’aide à l’autonomie des communautés initie de même au transfert d’information. Contrairement à une éducation générale dotée d’un programme d’enseignement reposant sur l’histoire et la causalité, l’information proposée ici a pour but de renforcer les capacités, et non de fournir une instruction générale.

Maladie

Lorsqu’une communauté est en proie à la maladie et à l’absentéisme, la baisse de productivité et les faibles ressources deviennent alors des conséquences inévitables. La maladie – hormis la misère, l’inconfort et la mort qui en résultent – est aussi un facteur de pauvreté considérable au sein d’une communauté. Le bien-être est un facteur qui vient non seulement seconder la richesse, mais qui contribue également à l’éradication de la pauvreté au sein d’une communauté.

Ici (et cela est valable dans d’autres contextes), il est préférable de travailler dans une optique de prévention. Cette optique constitue un des principes de base de la protection contre les maladies.

L’économie est plus saine si la population est en bonne santé, si les individus ne sont pas aux prises avec la maladie et les traitements. La santé, grâce à l’accès à une eau potable et saine, la séparation des installations sanitaires et de l’approvisionnement en eau ainsi que l’éducation en matière d’hygiène et de prévention de la maladie, favorise davantage l’éradication de la pauvreté que les cliniques, les médecins et les médicaments – solutions curatives et coûteuses.

N’oublions pas qu’il s’agit ici de facteurs et non de causes. Peu importe si le virus-VIH générateur du sida était à l’origine une invention de la CIA destinée à développer une arme biologique ou s’il provenait du virus de Marburg atterri dans la soupe. Toutes ces hypothèses sont plausibles.
Cependant, la connaissance des causes n’éradiquera pas la maladie. En prenant conscience des facteurs, – le but étant de les éliminer- il est possible de promouvoir une meilleure hygiène de même qu’une vraie politique de prévention. Oui une vraie politique

Beaucoup de gens conçoivent l’accès aux soins médicaux comme une question relative aux des droits de l’homme : réduire la souffrance et la misère et améliorer la qualité de vie des individus. Ces raisons évoquées sont toutes valables en ce sens qu’elles contribuent à une population en bonne santé. Au-delà des raisons évoquées ci-dessus, il est vrai qu’une population en bonne santé contribue à l’éradication de la pauvreté, que cette pauvreté se mesure non seulement par un taux élevé de misère et de mortalité, mais aussi par la maladie contribuant à la pauvreté sous d’autres formes.

Apathie

L’apathie se caractérise par une indifférence, un sentiment d’impuissance qui empêche les individus de changer l’état des choses, de réparer une injustice, de corriger une erreur ou d’améliorer les conditions de vie.

Certains individus accaparés par le sentiment d’incapacité deviennent jaloux d’autres membres de leur famille ou de leur communauté, lorsque ceux-ci manifestent davantage de volonté. Ils tentent alors de discréditer les efforts des plus ambitieux afin de les ramener à leur niveau de pauvreté. L’apathie engendre l’apathie. L’apathie se justifie parfois à travers des préceptes Politiques

Malhonnêteté (Corruption)

Lorsque des fonds destinés à financer des travaux d’intérêt public ou des services sont détournés dans l’intérêt privé d’un individu haut-placé, nous ne nous attardons pas sur la question morale d’un tel acte.

Dans cette série de formation, il ne s’agit pas d’émettre un jugement de valeur en vue d’étiqueter ces procédés comme bons ou mauvais, mais de souligner le fait que ces actes sont une cause majeure de pauvreté. Oui je dis bien majeur de pauvreté

Les sommes d’argent détournées du public et perçues par un individu sont bien moins importantes que leurs répercussions sur ce public, à savoir l’affaiblissement des ressources qui lui sont destinées.

En effet, le montant dérobé ne correspond pas à l’étendue des ressources dont la communauté se verra amputée. Les économistes parlent d’un « effet multiplicateur ». Le bienfait d’un nouvel investissement sur l’économie est largement supérieur au montant investi. Inversement, lorsque des fonds d’investissement sont détournés de leur circuit, la privation des ressources infligée à la communauté est bien plus importante que le bénéfice dont jouira l’usurpateur. Lorsqu’un fonctionnaire accepte un pot-de-vin de 100 dollars, l’investissement social est alors amputé d’un montant s’élevant jusqu’à 400 dollars en termes de ressources sociales.

Il est pourtant ironique de constater notre indignation lorsqu’un petit délinquant commet dans un supermarché un vol d’une valeur de 10 dollars, tandis qu’un fonctionnaire un politique un élus détourne impunément 1000 dollars provenant des fonds publics, infligeant ainsi 4000 dollars de dommages à l’ensemble de la société. L’usurpateur est respecté pour sa richesse apparente, il est admiré pour ses élans altruistes envers sa famille et ses voisins. Le petit délinquant lui, nécessite la protection de la police pour ne pas être exposé à la violence de la rue.

Alors que l’usurpateur contribue largement à l’appauvrissement de son pays, il est fort probable que le petit délinquant, lui, soit une victime de la pauvreté générée par l’usurpateur en question. Notre attitude décrite dans le paragraphe ci-dessus va bien au-delà de l’ironie ; cette attitude, elle aussi, perpétue à sa manière la pauvreté. Si nous récompensons le malfaiteur responsable de dommages considérables et laissons nos institutions si celles-ci sont Justes et appliquent le Droit et la Justice Tel que nous le concevons et qu’elles punissent

Les vraies victimes, nous contribuons nous aussi par le truchement de notre attitude déplacée, à la pauvreté. L’argent détourné et placé dans un compte en banque à l’étranger (suisse, par exemple), ne contribue en rien à l’économie nationale ; cet argent ne sert que les intérêts des pays ou des banques hors-lieu.

Conclusion

Ces facteurs sont tous corrélés. La maladie contribue à l’ignorance et à l’apathie. La malhonnêteté contribue à la maladie et à la dépendance, et ainsi de suite. Ces facteurs contribuent tous les uns aux autres.

Tout changement social nous amène à « penser globalement et à agir localement ». Les grands facteurs de pauvreté sont vraisemblablement très répandus et profondément ancrés dans les valeurs et pratiques culturelles. Il est probable que nous sous-estimions à tort l’échelle de nos moyens d’intervention pour contrer ces facteurs.

Ne désespérez pas. Si chacun d’entre nous, quelle que soit sa situation, s’engage personnellement à lutter contre les facteurs de pauvreté, nous pourrons ensemble, grâce à l’effet multiplicateur de nos actions, contribuer à la disparition de ces facteurs ainsi qu’à la victoire ultime sur la pauvreté.

Vous, le mobilisateur, détenez un rôle-clé de part votre impact sur les facteurs de pauvreté. En exerçant vos compétences de mobilisateur et en appliquant les connaissances acquises par la formation à la réduction de la pauvreté, votre ligne de conduite sera intègre. Vous empêcherez ainsi la corruption du système et encouragerez tous vos participants à œuvrer à leur propre rythme en faveur de la réduction de la pauvreté, tout en bénéficiant de vos conseils et de la formation que vous leur donnerez.

Ces « plaies » contribuent à leur tour à d’autres facteurs secondaires tels que le manque de marchés et d’infrastructures, le manque de qualités de direction, l’incompétence des gouvernements, le sous-emploi, le manque de compétences, de capitaux et autres.
L’on répond à un problème social de pauvreté par une solution sociale en éliminant les facteurs de pauvreté. (pour un développement juste durable sans pauvreté il faut une justice juste )

Cordialement Dr Ismail GUELLIL

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