MAK: Autopsie d’une crise grande politique

La démission du président du MAK, Bouaziz Aït Chebib et de tout l’exécutif qu’il avait mis en place quelques mois auparavant, est la finalité d’un processus enclenché depuis longtemps par le président de l’Anavad, Ferhat Mehenni. Selon le démissionnaire, le geste est motivé par une volonté d’ « écarter définitivement la problématique absurde du bicéphalisme, et la fausse compétition entre l’intérieur et l’extérieur (entre le MAK et l’Anavad) » . Depuis la France le président de l’Anavad, s’empressa deux heures plus tard d’accepter cette démission, pour entamer l’ultime phase de la mise au pas du MAK Kabylie. Le but est de faire de ce dernier une banale fédération de la nouvelle structure MIK-Anavad avec un coordinateur à la tête.

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Pour le président de l’Anavad, cette révolution dans les structures à pour but ultime l’élagage ornementale de sa ligne politique en prenant le cap de l’indépendance pour l’édification d’un Etat kabyle. Si les méthodes et les procédés ne plaisent pas à la majorité, il n’en a cure, il estime que ceci est « un mal nécessaire à toute révolution ».

Voilà pour les faits. Dans tout discours politique, il existe une lecture entre les lignes sur laquelle se polarisent les pros et les antis pour adhérer ou rejeter une ligne politique. L’eau est au corps humain, ce que sont la littérature et les concepts à la politique, c’est à dire autour de 60%. Qu’est ce qu’il en est du cas de la famille souverainiste?

Quelle est la réalité du bicéphalisme?

Vulgairement le bicéphalisme est réduit à un conflit d’autorité entre deux chefs ou deux présidents. Alors qu’il est selon Larousse, un mode d’organisation du pouvoir exécutif dans lequel les compétences attribuées à l’organe exécutif sont exercées par le chef de l’État et le gouvernement.

A sa création en juin 2010, le GPK se voulait une émanation du MAK, la structure mère. De par son installation à l’étranger il ne peut prétendre à une existence sur le terrain en Kabylie d’où la définition de sa tache principale consiste à créer et organiser un corps diplomatique pour défendre les intérêts de la Kabylie et internationaliser la cause kabyle. De ce fait un MAK qui se renforce en Kabylie constitue un atout pour le GPK pour faire entendre sa voix à l’international. Donc un mouvement fort en Kabylie ne fait pas de l’ombre à un gouvernement sensé le représenter à l’étranger puisque c’est de lui qu’il puise son carburant pour briller dans le monde. Ainsi ériger le bicéphalisme comme principale raison du conflit d’autorité est peu convaincant.

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Par contre déstructurer une organisation pour créer une autre comme il en existe jamais pareil de par le monde et dans l’histoire de l’humanité comme Ferhat Mehenni a fait avec le gouvernement provisoire kabyle c’est ouvrir la porte au multicéphalisme. Parce qu’aucun gouvernement au monde ne dispose à la fois d’un président et d’un premier ministre. Le bicéphalisme primaire et structurel réside dans le gouvernement provisoire kabyle entre un premier ministre et un président. Il ne se manifeste pas au grand jour, parce qu’il est admis tacitement que Ferhat Mehenni n’est point président du GPK mais président la Kabylie. Des tacticiens de génie ont installé « le président » dans une bulle hermétique à toute réalité du terrain en Kabylie. Dans cette bulle il est nourrie matin midi et soir à la formule « monsieur le président », conjugué à une psychologie avide de conquête pionnière, sa transformation d’un destin rêvé vers un déni de réalité s’est opérée naturellement.

Quelle lutte pour quelle indépendance? 

Dans la pratique, l’étape qu’il annonce comme une mise en ordre de bataille pour arracher l’indépendance de la Kabylie, se résume dans les faits à obliger tous les souverainistes à lutter pour un Etat Kabyle avec Ferhat Mehenni comme président. Il s’agit d’une vente concomitante, où à l’avenir chaque militant qui s’engage pour l’indépendance de la Kabylie, glisse simultanément un bulletin de vote imaginaire, dans une urne imaginaire, pour l’élection d’un président d’un état imaginaire.

Pour quelqu’un qui déclare « ne pas compter sur les saisons pour manger des figues », il lui est insupportable de continuer à perdre du temps. Il veut accélérer la marche de l’Histoire et mettre en place un état kabyle dans la forme, même si le fond est inexistant. Même si tout le monde est conscient de la rudesse du combat et du long chemin qui attend les souverainistes kabyles qui aspire à l’édification d’un état souverain. Peu importe, le but de Ferhat Mehenni est d’installer sa personne au centre du monde. Que le projet se réalise ou pas, là n’est pas le problème, du moment qu’il est la pièce maîtresse. Il y va de la survie de son nom propre et de son combat qu’il veut graver dans l’Histoire de la Kabylie comme le père fondateur.

D’où la nécessite politique d’écarter le président du MAK

Dans cette lutte il n y a pas de place pour deux leaders. Surtout si comme dans ce cas de figure, Bouaziz Aït Chebib bénéficie de la légitimité du terrain et paye cher sa place. Ajouté à cela l’option d’autodétermination qu’il adopte comme ligne politique, est perçue comme une circonstance aggravante qui retarde le sacre. Ainsi ce qui élargit le champs politique de l’un en intégrant toute les tendances pour triompher par voix référendaire, agace l’autre qui ne veut plus s’encombrer de ceux qui hésitent encore.

Le président de l’Anvad commence par reprocher à celui du MAK le lexique politique qu’il emploie dans ces interventions publiques. Il l’accuse de ce qu’il dit mais pas de ce qu’il est. Cette accusation de militer pour l’indépendance de la Kabylie avec un discours modéré pour fédérer le plus de monde sera utilisée pour lancer l’accusation de négociations avec le pouvoir algérien sur la base de revendiquer une large autonomie de la Kabylie.

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Dans les coulisses le travail de déstabilisation du président par l’envoie de mail pour le discréditer et lesquels, une fois révélé, il écrit qu’il ne se reconnait plus sans ce qu’il avait écrit. Il a instrumentalisé certains cadres pour pousser Bouaziz Aït Chebib à la démission en échange de sa place.

Le but est atteint, puisque le président du MAK jette l’éponge suite une défection dans les rangs de l’exécutif. Se sentant de plus en plus amoindri, il décide de remettre sa démission sans consulter les membres de son staff, qui l’ont pris comme une défection injustifiée. Malgré que le président du MAK, dit avoir mûrement réfléchis à son geste, il demeure néanmoins que ce geste est considéré irréfléchis par certains de ses proches. Il aurait agis sous le coup de la colère, ce qui n’est pas digne d’un responsable politique à son niveau de responsabilité.

Conclusions   

Dans cette crise qui secoue qui secoue le MAK, les intérêts du pouvoir algérien ont convergé avec la « folie des grandeurs » du président du GPK. D’un côté un pouvoir qui a mis les moyens et les manières pour éradiquer le MAK en Kabylie, et de l’autre un président du GPK qui est prêt à sacrifier son mouvement jusqu’au dernier cadre pour faire passer sa feuille de route. Coïncidences ou préméditations, la situation est telle, et autre chose n’est que littérature.

Quant à l’Histoire c’est elle qui décide qui y a droit d’entrer qui ne l’a pas. A nous autres mortels de nous préparer comme un Néron ou comme un Jugurtha, tout en tachant tout de même de ne pas démolir la demeure pour chercher trois pierres.

Zaher Boukhelifa in Kabylie24

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