Mathias Depardon: ma dA�tention en Turquie, « un message » aux journalistes

Le photojournaliste franA�ais Mathias Depardon, dA�tenu pendant un mois en Turquie, a estimA�, A� son retour en France vendredi soir, qu’Ankara avait voulu adresser « un message assez fort » aux reporters souhaitant se rendre dans le sud-est du pays.

ArrA?tA� le 8 mai, le photographe, dont l’avion s’est posA� peu aprA?s 22h00 A� l’aA�roport de Roissy, s’est dit « heureux d’A?tre A� Paris, d’A?tre en France ». « Je vais trA?s bien », a-t-il assurA� devant la presse, affichant un large sourire, mais l’air visiblement fatiguA�.

Mathias Depardon s’A�tait auparavant entretenu par tA�lA�phone avec le prA�sident de la RA�publique, Emmanuel Macron, qui avait annoncA� son retour en France dans la soirA�e sur Twitter. Il a A�tA� accueilli par le directeur de cabinet de l’ElysA�e, Patrick Strzoda, et le conseiller diplomatique Philippe Etienne.

« J’ai A�tA� accusA�, a dit le journaliste, de propagande terroriste et d’aide et soutien A� des groupes terroristes, A� savoir le PKK, (Parti des travailleurs du Kurdistan, sA�paratistes kurdes) suite A� des images que j’avais faites ces derniA?res annA�es, dont je ne cachais pas l’existence ».

« Ce qui est compliquA�, c’est qu’on ne sait pas combien de temps on va rester en dA�tention (…) Je savais que lA�galement je pouvais A?tre dA�tenu jusqu’A� un an », a soulignA� Mathias Depardon, barbu et portant une veste en jean, prA�cisant qu’il avait eu « trA?s peu de contacts, voire aucun, avec les autres dA�tenus ».

L’expulsion de M. Depardon survient au lendemain d’une visite de sa mA?re dans le centre de rA�tention de Gaziantep oA? il avait A�tA� transfA�rA� un mois auparavant.

« Je pense que l’idA�e A�tait d’envoyer un message assez fort auprA?s des journalistes A�trangers et turcs qui ont pour but de faire des sujets dans le sud-est de la Turquie », a-t-il dit.

Emmanuel Macron avait demandA� le 3 juin A� son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retour « le plus vite possible » dans son pays de Mathias Depardon, qui faisait l’objet d’un ordre d’expulsion depuis le 11 mai.

Le photojournaliste a adressA� de nombreux remerciements, citant notamment « l’ElysA�e, le prA�sident de la RA�publique, le Quai d’Orsay, l’ambassade de France en Turquie », ainsi que les confrA?res et tous les membres de son comitA� de soutien, et l’association Reporters sans frontiA?res (RSF).

Sa dA�tention a suscitA� l’inquiA�tude des dA�fenseurs de la libertA� de la presse qui dA�noncent une dA�gradation des conditions de travail des journalistes turcs et A�trangers en Turquie.

InstallA� en Turquie depuis cinq ans, ce journaliste indA�pendant A?gA� de 37 ans a A�tA� arrA?tA� A� Hasankeyf (sud-est), oA? il rA�alisait un reportage pour le magazine National Geographic, au motif qu’il travaillait sans carte de presse.

– ‘DA�tention absolument injustifiA�e’ –

Les autoritA�s turques l’ont ensuite soupA�onnA� d’avoir fait de la « propagande terroriste » pour avoir diffusA� sur les rA�seaux sociaux des photos prises au cours d’un reportage sur le PKK.

« C’A�tait une dA�tention absolument injustifiA�e. C’est un mois de perdu dans la vie d’un homme », a dA�clarA� A� l’AFP Christophe Deloire, le secrA�taire gA�nA�ral de RSF.

Sur Internet, notamment parmi ses confrA?res franA�ais, une mobilisation avait A�tA� dA�clenchA�e en faveur de la libA�ration du photojournaliste, avec sur Twitter le mot-diA?se #FreeMathias.

Mathias Depardon est le dernier d’une sA�rie de journalistes europA�ens arrA?tA�s ou expulsA�s par les autoritA�s en Turquie, oA? les conditions de travail se sont dA�gradA�es au cours des derniers mois pour les professionnels des mA�dias, en particulier depuis le putsch manquA� de juillet.

Olivier Bertrand, un journaliste franA�ais, et Gabriele Del Grande, un journaliste italien, ont A�tA� arrA?tA�s et expulsA�s ces derniers mois.

Un journaliste germano-turc, Deniz YA?cel, est quant A� lui accusA� d' »espionnage » et d’activitA�s « terroristes » et a A�tA� incarcA�rA�.

Les organisations de dA�fense de la libertA� de la presse dA�noncent des atteintes rA�guliA?res A� cette libertA� de la part des autoritA�s turques, notamment depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet.

Plus de 100 journalistes turcs sont actuellement incarcA�rA�s en Turquie, et le gouvernement cible parfois les correspondants A�trangers.

Ce pays occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la libertA� de la presse A�tabli par RSF.

afp

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