Pourquoi Ould Abbes veut interdire qu’on parle du cinquième mandat

Au FLN, il est désormais interdit d’évoquer le cinquième mandat pour le président Bouteflika. Après avoir fait campagne pour ce projet avant les élections législatives de mai 2017, Djamel Ould Abbes, secrétaire général du FLN, ne veut plus qu’on en parle à l’intérieur du parti de la majorité parlementaire.

L’argumentaire qu’il avance relève plus de « l’agenda » que de la politique. « Ce n’est pas encore le moment », ne cesse-t-il de répéter. Il l’a encore redit hier mardi lors d’un point de presse.

Ses détracteurs soutiennent qu’en mars 2017 ce n’était pas aussi le moment. À cette date, Ould Abbes avait clairement plaidé pour le maintien de Bouteflika au pouvoir après 2019.

« En décembre 1998, le FLN était le premier à avoir proposé la candidature de Bouteflika à l’élection présidentielle. Il y a eu depuis, quatre mandats. Inchallah, il y aura le cinquième, le sixième et éternellement », a-t-il déclaré publiquement.

Que s’est-il passé entre temps pour que le chef du FLN adopte le langage de la prudence et fasse deux pas en arrière ? En août 2017, il a commencé à instaurer « les règles de l’interdit » en déclarant s’appuyant sur un dicton populaire : « Quand il naîtra, on l’appellera Saïd » (Ki zid, nsmewah bouzid). Il a changé le prénom.

« Mettre les pieds dans de l’eau froide »

 L’initiative du député d’Annaba, Baha Eddine Tliba, de créer une Coordination nationale pour soutenir le cinquième mandat pour Bouteflika n’a pas été du goût du premier responsable du FLN. Pourtant, Tliba évoque cette initiative depuis plusieurs semaines déjà.

Il avait, dans un entretien à TSA arabi en décembre 2017, annoncé son intention de soutenir ce projet, comme il l’avait fait en 2014 pour le 4e mandat. À l’époque, personne n’avait protesté au sein du FLN. À voir de plus près, Tliba n’a à aucun moment dit que la nouvelle Coordination du 5e mandat était une émanation ou une proposition du FLN. Il veut, visiblement, une structure transpartisane ouverte aux soutiens du chef de l’État qui se trouvent également dans le mouvement social ou dans la sphère économique.

N’attendant aucune explication de Tliba, Ould Abbes, qui s’est déjà moqué du physique du député, a qualifié, mardi 6 févier 2018, son initiative « d’air dans le moulin à vent ».

Tliba n’est pas le seul concerné par les attaques de Ould Abbes. Le SG du FLN a menacé ceux « qui veulent mélanger les cartes » de représailles et les a invités à « mettre les pieds dans de l’eau froide ». Ces « mélangeurs de cartes » agissent, selon ses dires, sous couvert de « gesticulations » en faveur du 5e mandat pour Bouteflika.

Mais qui sont-ils donc ? Des anciens responsables qui veulent prendre la tête du vieux parti pour en faire une « machine de guerre » ? Les milieux d’affaires ? Des cercles politiques qui entendent agir en dehors des structures du FLN ?

Ould Abbes suggère que Tliba et son groupe œuvrent pour que le choix de l’actuel chef de l’État pour un autre mandat soit accéléré. « Je l’ai dit et répété, seul le président de la République décide pour la prochaine élection présidentielle. Il a le premier et le dernier mot », a-t-il dit. Comprendre : « Ne décidez pas à sa place ».

Cela, inévitablement, jette déjà le doute sur les intentions réelles d’Abdelaziz Bouteflika par rapport à 2019. Beaucoup de monde parle à sa place et se prononce en son nom dans la sphère mouvante de la politique algérienne. Le flou artistique autour de cette inflation de porte-paroles complique la compréhension de ce que veut exactement le président de la République.

Ould Abbes craint le scénario de 2004

Le projet de Djamel Ould Abbes, qui tente de « bien » gérer sa carrière de premier responsable du FLN, un siège fatalement éjectable, est de préparer le terrain à l’annonce officielle du cinquième mandat pour mieux la justifier auprès de l’opinion publique internationale d’abord.

Au FLN, qui se présente désormais comme « une force tranquille » et « un bouclier qui protège le président de la République », on est convaincu que le risque d’un rejet de l’opinion algérienne du cinquième mandat serait faible. Le FLN prépare un bilan détaillé, filmé et documenté, sur les « réalisations » du président Bouteflika depuis son arrivée au pouvoir en 1999.

« Nous allons répondre à ceux qui s’interrogent sur la destination des 800 ou de 1000 milliards de dollars», a expliqué Ould Abbes. Ce n’est probablement qu’après avoir dressé cet inventaire que le FLN se prononcera officiellement en faveur d’un autre mandat pour le chef de l’État, en « vue de poursuivre l’œuvre de développement ».

En 2016, l’ancien ministre Amar Tou avait déjà déclaré que « le cinquième mandat était nécessaire pour le pays ». Il n’a pas été « rappelé » à l’ordre à l’époque. Ce « nécessaire » doit donc être expliqué. Pour le SG du FLN, la façon la plus efficace de justifier la demande serait de dresser un bilan parfait des activités de Bouteflika. Or, Tliba a perturbé ce plan « marketing » en passant à la vitesse supérieure avant le « top » de départ.

La citation de noms de personnalités et d’anciens hauts responsables comme partisans de la Coordination de Tliba a fini par agacer le SG du FLN qui a accusé Tliba de vouloir « déstabiliser la cohésion du parti».

« Nous serons impitoyables ! »

Ould Abbes s’est rapidement chargé de faire le démenti à leur place. Mis à part Abdelmalek Sellal, Abdelaziz Belkhadem ou Said Bouhadja, les autres personnalités n’ont pas réagi publiquement et de vive voix.

Ould Abbes pense que Tliba a agi pour défendre « des intérêts personnels ». « Celui qui bougera, il ira en Conseil de discipline. Nous serons impitoyables !  Ouvrez les yeux !», a menacé le SG du FLN. Il a donné l’impression d’avoir peur de perdre certains boutons de commande les prochaines semaines.

Le député d’Annaba et membre du Comité central du FLN, qui sera traduit en Conseil de discipline, n’a pas répondu publiquement aux attaques de Ould Abbes. Un silence qui semble tactique. À son entourage, Tliba confie que la Coordination se réunira en mars prochain pour annoncer son programme.

Si l’action est menée en dehors du FLN, Djamel Ould Abbes ne pourra rien faire. Il aura peut-être un autre train à rattraper. Car, à ce jour, il n’existe encore aucun indice qui prouve que le FLN restera dans « la centralité » du jeu d’équilibre à l’approche des élections présidentielles de 2019.

Vieux parti, le FLN n’a pas développé de grandes capacités d’anticipation. Il ne fait que suivre la direction du vent qui, comme dans les Moulins de campagne, fait tourner la roue.

In TSA

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