Pressions du régime politique algérien contre les médias !

C’est un truisme que d’avancer que les autorités n’apprécient pas que les médias servent un autre discours que le leur. Elles ont en effet quelques soucis avec la critique médiatique. Est-ce de bonne guerre ?

Alors que le pays est en état d’alerte maximum sur ses frontières, le régime politique algérien tente d’étouffer les médias. Sur le plan de la pratique démocratique et de la liberté médiatique, le pouvoir s’obstine dans l’interdiction de débats sur le terrorisme, à travers les médias. Pourtant, les journaux algériens ont payé le prix fort lors de la décennie noire. N’ont-ils pas montré leur soutien au pays, parfois au prix de quelques renoncements ?

Aujourd’hui, le terrorisme ne doit pas impacter sur la liberté médiatique. Définir les rapports entre les médias et le terrorisme sont complexes tant les situations divergent. Aborder ces liens peut servir à proposer d’autres perspectives. Après chaque attaque terroriste, plusieurs questions sont adressées aux médias. Comment parler d’une tragédie sans faire le jeu du terrorisme et du régime politique ? Quelle réponse médiatique apporter au terrorisme ? Le juste équilibre de l’information sur le terrorisme peut-il exister ? Quelles sont les règles du traitement médiatique sur le terrorisme ? Ces observations et ces interrogations semblent d’autant plus opportunes que le pays s’apprête à vivre de nouvelles élections législatives, dans un contexte difficile.

Les organisations terroristes instrumentalisent dynamique des médias et réseaux sociaux et opèrent de façon à attirer autant que possible le regard du monde entier sur leurs basses œuvres. Ainsi, les réseaux sociaux représentent aujourd’hui des vecteurs de communication utilisés par les organisations terroristes dans la diffusion de leurs discours haineux ainsi que dans leurs actions de recrutement et de radicalisation Pour une partie de la population algérienne, la fiabilité des médias demeure fragile, particulièrement lorsqu’il s’agit d’évaluer leur autonomie par rapport aux parvenus et au pouvoir. En l’espèce, les manœuvres du pouvoir ne facilitent pas la chose. Les causes de ce trouble sont nombreuses : la complicité qu’entretiennent certains médias avec le régime, le non-respect des principes déontologiques, le mélange entre la communication et l’information, la quête du spectaculaire, l’invitation sur les plateaux télé notamment des légions de pseudos analystes politiques et de faux politologues incapables de placer sur une carte la ville de Tombouctou, la connivence avec les puissants…

Les médias se heurtent avec un double défi de la sous-évaluation ou de la surévaluation de l’évènement. Le partage a été modifié avec la position prise par les réseaux sociaux et Internet (tribune mondiale) dans la circulation de l’information. Des médias qui font toujours appel aux mêmes invités et intervenants, dans une logique de réseaux : avec une ressemblance du milieu de vie (colloques dans les hôtels algérois, gastronomie de grillade à Alger-centre, etc.). Dans ce climat anxiogène provoqué par le régime politique, il serait utile néanmoins d’analyser le dernier rapport sur le Terrorisme, intitulé « Country Reports on Terrorism 2015 » publié par le Department of State (l’équivalent du ministère des affaires étrangères algérien, quoique la comparaison avec la diplomatie bicéphale algérienne est mal à propos). Dans ce rapport, il est mentionné que le ministère algérien de la Défense publie sur son site web officiel des communiqués sur le nombre de terroristes capturés ou abattus, en indiquant le déroulement de l’opération et le nombre d’armes saisies, sans aucun autre commentaire ou analyse. De plus, le ministère de la Défense se refuse à nommer les groupes pour éviter toute publicité.

Or, comment lutter contre le terrorisme sans nommer l’ennemi ? Pire encore : pourquoi le combat contre le terrorisme sert-il de prétexte au régime politique pour limiter la liberté médiatique ? Ce mécanisme d’adaptation à cette nouvelle réalité est primordial. Mais pour parvenir à la résilience, il faut dans un premier temps réussir à nommer le mal qui agresse le pays. Faut-il rappeler aux autorités que l’article 50 de la constitution stipule : « La liberté de la presse écrite, audiovisuelle et sur les réseaux d’information est garantie. Elle n’est restreinte par aucune forme de censure préalable ».

Il est important de souligner également que le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) a organisé, le 14 avril 2016, un débat public sur le thème intitulé « Menaces contre la paix et la sécurité internationales résultant d’actes de terrorisme ». Plus d’une cinquantaine de délégations, reconnaissant qu’aucun pays n’était à l’abri de ce péril, ont échangé leurs vues sur la lutte contre le terrorisme et les moyens de consolider la coordination et la coopération, sur le plan médiatique notamment. Lors de ce débat, le Secrétariat général de l’ONU a indiqué : « Il faut reconnaitre que, trop souvent, les stratégies du gouvernement sont si lourdes et discriminatoires qu’elles finissent par être contreproductives, aliénant les communautés ciblées et produisant même plus de terroristes qu’il n’y en avait auparavant ».

Les penseurs politiques font preuve de curiosité intellectuelle mais ils sont curieusement absents des antennes nationales, alors que le terrorisme est toujours actif dans un contexte politique national tendu. Faire de l’analyse sur le terrorisme en Algérie est devenu un acte de résistance face au régime politique: pourquoi on continue en haut lieu à convier les spécialistes de médias, les académiciens, les chercheurs universitaires, à rationaliser le discours et à optimiser l’analyse ?

Pourquoi ce régime refuse de se doter de compétences diplomatiques, ne souhaite pas maîtriser les techniques élémentaires de communication et préfère continuer de pratiquer la langue de bois ?

Aussi est-il important de rappeler aux « managers » des chaines de télévisions privées et publiques installées en Algérie, qu’une personnalité médiatique ou politique, qui réalise un bon score d’audience dans une émission ne signifie pas que le téléspectateur est d’accord. L’audience médiatique ne signifie pas l’adhésion politique.

Face à ces risques grandissant qui menacent les médias, une question demeure sans réponse. Y aurait-il un délit de « non-assistance à médias en danger » que le régime politique algérien l’aurait déjà commis ?

 

 

 

Source : Cliquer ici

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