Prix du pain trop bas, envolA�e des coA�ts de production, dA�clin des marges bA�nA�ficiaires : les boulangers dans le pA�trin

Plus de 3 500 boulangeries, dont un millier uniquement dans la capitale, auraient abandonnA� leurs activitA�s durant ces dix derniA?res annA�es.

TrA?s peu da��investisseurs na��osent aujourda��hui se lancer dans cette profession A� haut risque rA�duite A� seulement 15.000 boutiques dans un pays qui nA�cessite au moins le double. Le constat est sans A�quivoque : les boulangeries urbaines souvent prises da��assaut par les clients en quA?te de pains A� prix soutenu par la��Etat (7,5O dinars) ne prennent mA?me plus la peine da��exposer leurs produits, rA�duits A�gA�nA�ralement A� un seul type de baguette. Alors que le pain fait dA�faut dans ces boulangeries, il est par contre loisible de le trouver A� prix plus A�levA�s (entre 10 et 15 dinars) dans les A�tals improvisA�s du marchA� informel ou dans pratiquement tous les magasins da��alimentation gA�nA�rale.

A la��origine de ce marasme qui dA�fraye la chronique chaque fois que le syndicat national des boulangers monte au crA�neau pour porter le problA?me A� la��attention des autoritA�s concernA�es il y a, on la��a compris, le blocage du prix de vente de la baguette de pain fixA� administrativement A� 7,50 dinars A�depuis 1993. La��A�tat a certes fait la��effort de soutenir le prix de la farine de panification au prix dA�risoire de 2000 dinars le quintal, A�mais en trente annA�es beaucoup da��A�lA�ments entrant dans la composition du prix de revient da��une baguette de pain ont A�voluA�, souvent dA�mesurA�ment, A� la hausse. La main da��A�uvre, la levure, les amA�liorants, la��amortissement des A�quipements de production, la��A�nergie A�lectrique, la��eau, la maintenance et la rA�paration du matA�riel, les charges fiscales et sociales coA�tent en effet plus chers. Les boulangers ne ratent A�galement jamais la��occasion de soulever le problA?me des chutes de tension A�lectrique survenant notamment en A�tA�, qui affectent leurs A�quipements de production et dA�tA�riorent la pA?te de pain en plein procA?s de fabrication. A�Les pertes sA?ches ainsi provoquA�es sont souvent trA?s lourdes. La promesse faite par Sonelgaz (en 2014) da��A�quiper les boulangeries en groupes A�lectrogA?nes na��a, A� notre connaissance, jamais A�tA� suivie da��effets.

Faisant un rapide dA�compte de toutes les charges que nous avons rA�pertoriA�es, un boulanger installA� A� Bir Mourad Rais, parvient sans trop de mal, A� 9,5 dinars de frais de production par baguette de pain, sans toutefois inclure les coA�ts de la farine, de la levure et des amA�liorants que pratiquement tous les artisans boulangers utilisent aujourda��hui. En ajoutant ces trois A�lA�ments, le prix de revient dA�passerait allA�grement 13 dinars.

A la question de savoir par quel moyen ce boulanger parvient tout de mA?me A� maintenir son activitA�, les rA�ponses donnA�es par notre interlocuteur, seraient multiples. Il ya da��abord le poids de la farine que le boulanger rA�duit tout en gardant le gabarit lA�gal au moyen da��un surcroA�t de levure et da��amA�liorant. Il y a aussi, et les boulangers ne le cachent plus, la vente directe au prix de 10 dinars la baguette, aux cantines des A�coles, des crA?ches, et des entreprises. Il y a enfin, la vente au prix de 8,5 dinars voire mA?me 9 dinars, aux magasins da��alimentation gA�nA�rale et A� toute une faune de A�A�trabendistesA�A� qui les revendent A� mA?me le sol, A�entre 10 et 15 dinars la��unitA�, si ces derniA?res sont agrA�mentA�es de quelques graines de Nigel (Sanoudj).

A la question de savoir sa��il ne revend pas plus cher aux pA?tissiers la farine subventionnA�e par la��Etat pour arrondir ses fins de mois, notre artisan estime que la farine qua��il reA�oit au compte gouttes parvient tout juste A� maintenir sa boulangerie en activitA�. Les pA?tissiers, tient t-il A� prA�ciser, sont fournis par da��autres sources qui na��excluent pas la��usage de trafic sur la farine en tirant, bien entendu, profit de celle qui est subventionnA�e. Cela se passe entre grossistes et ils nous arrivent de leur passer commande lorsque nous sommes en rupture de stocks et que leurs prix ne dA�passent trop celui que la��Etat accorde aux boulangers. Ce sont ces grossistes qui fixent A� in fine A� les prix, en gagnant chaque fois des sommes faramineuses sur le dos des boulangers A� qui ne revient en rA�alitA� qua��une quantitA� dA�risoire de la farine subventionnA�e.

 

Ca��est cette triste rA�alitA� que nos gouvernants refusent da��admettre et de solutionner. Le gouvernement algA�rien avait certes eu la��idA�e de mettre fin A� ce trafic, en important directement une farine A� base de son et de blA� dur destinA�e uniquement A� la fabrique du pain, mais il a vite fait da��abandonner ce projet trA?s mal reA�u par les artisans boulangers et sans doute par les lobbies de la farine qui sont constituA�s A� la��ombre de la politique de soutien du prix du pain.

CoincA� par le dogme de la politique sociale hA�ritA�e des premiA?res annA�es de la��indA�pendance, les autoritA�s algA�riennes na��arrivent toujours pas A� aller vers la vA�ritA� des prix sa��agissant de ce produit emblA�matique que reprA�sente le pain pour les algA�riens. Il y a trA?s peu de chance qua��elles le fassent dans le court terme tant le scrutin prA�sidentiel de 2019, requiert stabilitA� et paix sociale qua��une augmentation, aussi lA�gA?re soit elle, pourrait compromettre.

Elles pourraient en revanche, et ca��est ce qua��elles semblent faire depuis ces deux derniA?res annA�es, A�A?tre moins regardantes sur les prix A�pratiquA�s par les boulangers, en opA�rant moins de contrA?les et de sanctions contre les boulangers vendant plus chers qua��aux prix administrA�s. Les algA�riens prendront ainsi la��habitude da��acheter plus cher leurs baguettes sans devoir incriminer la��Etat de ces hausses dA�mesurA�es des prix qui affecte, au vue et au su de tous, le marchA� du pain.

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