Tout enfant prodige est un A�venduA�

Il faudrait un jour ouvrir le dA�bat sur trois affects dominants en AlgA�rie : la jalousie, la thA�orie du complot, le soupA�on. Champs da��expression de notre rapport au monde, de notre rapport A� la rA�ussite et de notre vision sur la filiation. En expression de A�cafA�A�, on peut traduire par trois questions : A�Pourquoi croyons-nous que le reste du monde passe son temps A� comploter contre notre pays ? A�. A�Pourquoi on dA�teste la rA�ussite de nos enfants, et les dA�capitons par la haine dA?s qua��ils A�mergent ?A�. Et A�Pourquoi voyons-nous des traitres partout ?A�
En termes plus savants : A� Pourquoi vivons-nous ce trouble permanent de la��image de soi et des siens ?A�
A ouvrir comme dossier sur le divan du collectif. Et A� tenter avec des pistes de rA�ponses.
Ce soupA�on majeur sur les siens et sur soi et sur le monde nous vient, peut-A?tre, da��une longue histoire de viols et de colonisations. La��Autre, celui qui arrive A�par-delA� les mersA� est un ennemi, ses reconnaissances sont fourbes, ses mA�dailles sont calculA�es et ses visA�es sont la domination et le rapt des terres et des puits. Si la��un de nous rA�ussi chez A�euxA�, il est traA�tre et a changA� de camps dans cette guerre mentale que nous poursuivons contre la��altA�ritA�, chacun dans sa tA?te.
Peut-A?tre aussi que cela vient de la��absence da��A�lites autonomes du A�PouvoirA� chez nous : sans lA�gitimitA�, ces A�lites na��existent pas et ne fabriquent pas la valeur. Sans institutions de lA�gitimation, on doute de tous et de tout. Chacun se fait son avis sur la rA�ussite de la��enfant du pays, juge qua��il est A�venduA� ou A�brillantA�.
Peut-A?tre que cela nous vient da��un doute sur soi, une culture de la��indA�cision et de la filiation : la��enfant prodige est surtout le tueur du PA?re. Ca��est un enfant qui va sa��en aller. On la��accuse de ce qua��il na��a pas fait pour qua��il le confirme en le faisant. Boucle fermA�e de la nA�vrose rA�trospective : il est la��enfant de la France et on le rA�pA?te jusqua��il ce qua��il sa��en aille et A�confirmeA� la��accusation.
On dA�nonce sans cesse la��Occident en oubliant la poutre, et en dA�voilant la bosse : ca��est cet Occident qui obsA?de justement au point de le voir partout et de ne voir ses propres responsabilitA�s nulle part.
Peut-A?tre que cela nous vient da��un doute sur le monde, da��un soupA�on sur soi et, donc, sur la crA�ation. Da��un manque de confiance comme dit plus haut. Da��un trauma da��autrefois. Da��une violence subie, aujourda��hui donnA�e et perpA�tuA�e. Da��une sensation da��A�touffement et da��A�troitesse dans la tA?te et sur la terre. Da��un culte rageur des AncA?tres qui empA?che et refuse toute enfantement qui le dA�passe.
Peut-A?tre.
Toujours est-il que A�rA�ussirA�, avec le pied, les mains, le ballon ou la tA?te fait peur et semble renvoyer la��image des A�checs ambiants. Alors, on dA�capite et on hurle. On soupA�onne et on thA�orise sur le complot. On ricaine et on se sent blessA�. Et cela vous blesse en retour, vous plonge dans la��acide et la rA�clusion. Vous vous mettez A� juger la��histoire et la peau. Avant de comprendre, simplement qua��il sa��agit de continuer.
Etre un ancA?tre, aux yeux de ses arriA?res-petits enfants, cela se mA�rite.

 

Kamel Daoud

PARTAGER