Un président (presque) ordinaire

La sortie de Bouteflika pour inaugurer une station de métro annonce-t-elle un 5e mandat ?

L’homme tassé dans son fauteuil roulant lève la main tremblante pour saluer la foule puis la place sur la poitrine. Le mouvement est lourd et les yeux fatigués. La bouche ouverte et la tête fixe. Baroud et youyous en fond sonore.

La scène, passée en boucle sur des télés, s’est déroulée à Alger ce lundi 9 avril.

Le président Abdelaziz Bouteflika a inauguré la mosquée Ketchaoua rénovée et l’organisation a permis que les centaines de smartphones dans la foule puissent le filmer.

Dans un pays qui contrôle de très près les images du chef de l’État depuis son AVC en avril 2013, cette sortie ressemble à celle d’un président (presque) ordinaire que le peuple peut voir, sans l’entendre, alors que la thèse d’un 5e mandat est de plus en plus évoquée.

Presque ordinaire, car pour atteindre l’entrée principale de la mosquée, d’où il a salué la foule, M. Bouteflika n’a pas pu emprunter le long escalier. La voiture présidentielle s’est garée devant un accès latéral où une tente a été installée. Le chef de l’État est ensuite sorti sur son fauteuil roulant par la porte principale.

Abdelaziz Bouteflika a aussi inauguré la nouvelle station de métro de la Place des Martyrs. Les ministres présents lors de cette visite ont marché les quelques dizaines de mètres qui séparent la mosquée de la station. Le président, lui, a repris la voiture.

Sur place, les autorités ont préparé un accueil grandiose et folklorique au chef de l’Etat: cavalerie, zorna et même des danseurs. Des portraits géantsdu président ont été accrochés aux murs des alentours. Même des enseignes publicitaires plus loin dans le centre ville affichent la photo de Abdelaziz Bouteflika.

Ce dispositif “festif”, deux jours après l’appel du FLN à un 5e mandat, contraste avec les récentes sorties publiques du chef de l’État : l’inauguration de la ligne de train Zeralda – Bir Touta et la visite du chantier de la Grande Mosquée d’Alger, se sont déroulés loin des regards et des curieux.

 

HAMDI BAALA
La rue entre la mosquée Ketchaoua et la place des Martyrs lors de la visite d’Abdelaziz Bouteflika, le 9 avril 2018.

 

Dans un message à l’occasion de la fête de la victoire le 19 mars dernier, le président de la République avait appelé à “une course au pouvoir”. Des commentateurs y ont vu un signe de sa non-candidature en 2019. La sortie de ce lundi, bien plus significative qu’une simple inauguration, semble dire autre chose : que le président Abdelaziz Bouteflika peut accomplir ses missions et continuer à le faire avec les ajustements nécessaires.

Les Algériens se sont habitués à ne pas entendre leur président. Personne n’attendait que Abdelaziz Bouteflika prononce un mot lors de cette sortie annoncée depuis quelques jours. C’est devenu presque ordinaire. Une des normes du quatrième mandat.

A une année de la présidentielle de 2019, cette sortie du chef de l’État a montré ce que serait la norme du cinquième mandat éventuel: un pays qui s’adapte à son président, aussi diminué physiquement soit-il.

In huffpostmaghreb.com

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