Zidane, l’homme qui sait quitter la table au bon moment

Une bombe devait éclater cet été du côté de la Maison blanche de Madrid, mais ce n’est pas Cristiano, comme on pouvait raisonnablement s’y attendre, qui l’a finalement lâchée. Non, celui qui a dégoupillé c’est l’homme que l’on attendait le moins. Celui qui, il y a seulement cinq jours, exprimait, par de petits moulinets du poignet, son émerveillement devant les exploits de ses joueurs au stade de Kiev.

Oui, Zinedine Zidane a annoncé ce jeudi, dans un incroyable retournement de situation, son départ de la barre technique du Real qu’il a mené il y a moins d’une semaine à une troisième couronne européenne de rang, au prix d’un coaching de haut vol.

« C’est ma décision. Pour beaucoup elle ne fera aucun sens, mais pour moi, si. C’est le moment de changer », a-t-il lâché devant des journalistes incrédules convoqués quelques heures plus tôt pour une conférence de presse improvisée.

« Cette équipe doit continuer de gagner et elle a besoin de changement pour ça. Elle a besoin d’un autre discours, une autre méthodologie et c’est pour ça que j’ai pris cette décision. Les difficultés rencontrées cette saison ont pesé sur ma décision. Je ne veux pas vivre une autre saison avec des moments de moins bien. J’ai ce club dans le cœur », a-t-il tenté d’expliquer.

Oui, les difficultés de saison qui vient de s’achever ont pesé sur la décision de Zizou, c’est lui-même qui le dit, mais même avec un meilleur parcours en championnat et en Coupe du Roi, il aurait sans doute pris le même chemin. Il est à parier que sa décision, il l’a ruminait depuis de long mois. Sortir par la grande porte, c’est dans son pedigree, dans son style et il l’a prouvé plus d’une fois. Zidane est de ceux qui savent quitter la table au bon moment.

N’a-t-il pas mis fin à sa brillante carrière de footballeur à seulement 34 ans, à l’issue d’une finale de Coupe du monde considérée par les observateurs comme le meilleur match de sa carrière, malgré son expulsion et la défaite de son équipe ? En 2006, il avait encore plus que de beaux restes et quelques années de contrat au Real mais il a préféré tout arrêter. Sa décision, il l’avait annoncée en milieu de saison, bien avant le Mondial allemand et les péripéties de la fameuse finale. Que ce soit en clubs ou en sélection, Zidane n’a connu que les premiers rangs, du premier au dernier jour, et il semble vouloir rééditer la même prouesse de l’autre côté de la barrière.

Mais y aurait-il d’autres considérations, plus « sportives », qui expliqueraient ce départ précipité ? Comme, par exemple, un mécontentement de la direction du club du parcours catastrophique de l’équipe en Liga espagnole où elle a terminé à une inhabituelle troisième place, avec un écart de 17 points sur le champion, le Barça ?

Le président du club, Florentino Perez, a répondu en parlant, à chaud, de « décision totalement inattendue ». Zidane n’a donc pas été poussé vers la sortie. Certes, pour bien moins que cela, la Maison blanche de Madrid a dégommé des coachs de renom, dont José Mourinho et Carlo Ancelotti, mais le Franco-Algérien a réalisé une performance européenne qui restera sans doute longtemps inégalée avec son carton plein en Ligue des champions. Surtout, il a offert au club huit titres en 27 mois sur le banc. Près d’un titre tous les trois mois, c’est un ratio de nature à faire pardonner tous les ratés de la saison qui vient de s’écouler, même les 17 points d’écart concédés à l’ennemi de toujours.

Certains spéculeront aussi sur de prétendus calculs du désormais ex-coach du Real en prévision de la saison prochaine, prenant en compte les forces en présence dans le championnat d’Espagne. Autrement dit, Zidane sait qu’il lui sera difficile de reconquérir la Liga au vu de tout ce que le Barça a montré cette saison, ne perdant son premier match que lors de la dernière journée. En Europe aussi, le challenge qui l’attend est plus que difficile : garder pour la quatrième fois un trophée qu’aucune autre équipe n’a réussi jusque-là à soulever deux fois de suite.

Autre probable explication au retrait du triple champion d’Europe, son désir de prendre en main l’équipe de France, qui lui semble destinée depuis le jour où il a embrassé la carrière d’entraîneur. Mais pour cela, il devra croiser les doigts pour que les Bleus ratent leur Coupe du monde qui débute dans un peu plus de deux semaines, car ce serait le seul moyen de faire libérer la place occupée par Didier Deschamps, sous contrat jusqu’en 2020. Non, cela Zizou ne le fera pas, ça ne lui ressemble pas. Et puis, on ne quitte pas le banc le plus illustre au monde pour convoiter un poste pas plus prestigieux et de surcroît occupé par quelqu’un d’autre.

Zidane a voulu terminer son aventure au Real sur une belle note. C’est cohérent et conforme au style qu’on lui connaît. Tenons-nous à cette explication et croisons les doigts pour le revoir bientôt sur un banc, celui de la France ou d’une autre équipe. Pour d’autres exploits, d’autres sensations, d’autres moulinets…

 

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