Hommage a cette belle jeunesse désespérée dite el harraga

Le phénomène des harraga

Un harraga est un migrant algérien clandestin qui prend la mer dans des embarcations de fortune appelées « boté » pour rejoindre les côtes andalouses, les îles Canaries, les enclaves espagnoles de Ceutaet Melilla, l’ile de Lampedusa, la Sicile ou encore Malte. Le nombre de candidats à la traversée clandestine vers l’Europe ne faiblit pas en Algérie, ils la tentent par milliers, chaque année en direction de l’Union européenne.

Ces « brûleurs » de frontières en quête d’un meilleur avenir et faute de visas, décident de quitter clandestinement le pays et de traverser la Méditerranée en direction de l’Italie ou de l’Espagne, le plus souvent au péril de leur vie.

Ce drame est en cours depuis plusieurs années et s’amplifie de plus en plus. Interrogé par France 24, Abdelmoumen Khelil, secrétaire général de la LADDH précise que : « Toutes les catégories de personnes sont touchées par le phénomène, pas seulement les pauvres ou les chômeurs, et si la majorité des candidats au départ sont des hommes de moins de 30 ans, il n’en reste pas moins que parmi les harragas, il y a des femmes, des mineurs, des anciens et des diplômés »

En 2014, près de 13 000 migrants algériens ont été arrêtés aux frontières européennes. S’il est récupéré par la marine algérienne avant d’entamer la traversée de la Méditerranée, le harraga est systématiquement poursuivi par la justice de son pays, et souvent condamné à des amendes pour « tentative d’émigration clandestine ».

Voire à des peines de prison « Nous condamnons la loi de 2009 qui criminalise la harga, car elle est contreproductive, dénonce Abdelmoumen Khelil. Elle ne répond pas à la problématique qui pousse ces gens à risquer leur vie en mer. »

En une seule nuit, de septembre 2017 plus de 110 Harragas algériens ont débarqué sur les côtes de la Sardaigne, une centaine de personnes dont des femmes et des enfants ont réussi à rallier les côtes de la Sardaigne sur plusieurs embarcations, ont fait savoir plusieurs médias italiens comme Rai News. La plupart de ces clandestins ont été transférés vers un centre de demandeurs d’asile de Monastir en Tunisie où ils ont passé des examens médicaux et des entretiens pour qu’ils soient identifiés.

D’autres Harragas algériens ont été interpellés et placés en détention par la Garde côtière italienne de Sant’Antioco. De véritables drames se déroulent aussi souvent, non connus par l’opinion publique comme celui des harragas algériens disparus en Tunisie entre 2007 et 2008. Les familles de 100 harraga ont déposé des plaintes auprès des tribunaux de Skikda, El Kala et Annaba pour disparition forcée.

Pour rappel, ces harragas qui ont tenté de gagner l’Italie à bord d’embarcations de fortune n’ont pas donné signe de vie depuis des années. Plusieurs de leurs proches apportent des témoignages qui attestent que ces harragas étaient entre les mains des gardes-côtes tunisiens quelques jours après leur départ. Par exemple, une sœur d’un harrag a reçu un appel de son frère lui disant que leur embarcation est repérée par les gardes-côtes tunisiens et qu’ils sont sur le point d’être interceptés.

Un autre frère de harrag disparu originaire de Skikda, affirme qu’il a reçu des témoignages d’une employée de prison de Jandouba (Tunisie) que son frère se trouve dans la prison avant que la direction de cette dernière nie tout en bloque quelques jours après. Un frère de harrag, mort en Tunisie, a constaté l’existence de plusieurs blessures sur le corps de son frère, des blessures qui n’ont pas mentionnés dans le compte-rendu de l’hôpital.

Sa demande d’autopsie a été rejetée. Les familles des harragas sont convaincues que leur enfants ont été interceptés par les gardes-côtes tunisiens, et qu’ils ont été transférés ensuite à l’île de la Galite où le régime déchu de Ben Ali a construit des prisons secrètes dans le cadre de sa lutte contre les opposants. Très récemment et d’après le « Quotidien» d’Oran Madrid décide d’emprisonner les harraga faute de place dans les centres de rétention. Il faut signaler que ces centres outre le fait qu’ils soient surchargés sont de véritables mouroirs où les jeunes clandestins sont traités dans des conditions inhumaines.

Malgré cela l’Espagne ils sont remplacés par les véritables prisons avec toutes les conséquences désastreuses qu’elles peuvent entraîner. Un groupe de 22 candidats à l’émigration clandestine dont 5 femmes et 7 enfants âges entre 2 et 7 ans ont été secourus le 21 novembre 2017 au large de Mostaganem par les forces navales, parmi eux une femme enceinte de 9 mois a été évacuée aux urgences d’un centre hospitalier de la ville, ces derniers temps il ne se passe pas un jour sans que les gardes côte n’interceptent pas des harraga et ce phénomène continue à prendre de l’ampleur.

En 2016 plus de 760 clandestins ont été interceptés par les forces navales de la façade maritime ouest. Les exemples de ce genre sont légion, ils deviennent journaliers et dramatiques. De profonds traumatismes générés par suite des disparitions sont sources de grands désarrois.

Nul ne saura en apprécier la douleur autant que ceux qui en sont victimes, parents proches et amis. Le harrag est en fait un joueur à la roulette russe, çà passe ou çà casse mais ici si çà casse il se retrouve en face de la mort. Ces jeunes ont passé toute leur enfance et adolescence durant les quinze années de terrorisme. Ils n’ont connu que bombes, assassinats, faux barrages, le summum de la violence, Ils sont que le cumul de toutes ces frustrations, ces peurs, ces désespoirs, et se retrouvent après une certaine accalmie devant des jours sans lendemains,….

Face à la mer, ils rêvent de grandir, de partir à la quête de la fortune et du bien être impossibles à trouver dans leur pays. Ils tentent la folle aventure de s’enfuir clandestinement, dans des rafiots périlleux vers l’inconnu espérant trouver une leur assurer une place au soleil. . Partir pour eux, c’est avant tout, vivre, refuser de mourir. C’est fuir l’incertitude de l’avenir, du travail, la précarité affective et le vide de leur existence. leur solitude, le chômage mais surtout cette misère culturelle, matérielle et affective qui les tue chaque jour.

L’ennui, le désespoir, la violence tacite des rapports sociaux (famille, société, travail). Ils n’ont que mal de vivre et rêves brisés. Le rush des centaines de milliers de jeunes pour passer les tests de français les qualifiant pour l’obtention d’un visa d’étude prouve la mal vie de cette jeunesse livrée à elle-même, désemparée et tellement vulnérable.

Ces départs massifs de nos Harragas vers l’Italie reflètent le malaise social qui terrasse une partie importante de la jeunesse algérienne. Ces “hargas” interviennent enfin au moment où l’Algérie vit une véritable crise financière dont l’impact social commence à se faire sentir notamment auprès des couches les plus fragiles de la population. Augmentation excessive des prix des produits de large consommation, effondrement du pouvoir d’achat et chômage endémique, insécurité, népotisme, tous les ingrédients explosifs sont réunis pour faire grossir les rangs de nos Harragas.

Il est malencontreux de les juger, ils ont fait le choix au péril de leur vie, de traverser la mer toujours la nuit, elle glaciale, en furie, les vagues peuvent être énormes et destructrices. Ces harragas jeunes ou vieux ne sont pas inconscients, ils savent qu’ils ne vont pas trouver là bas systématiquement l’Eldorado ou l’Eden. Ils jouent la carte « espoir » au lieu de celle de la « médiocrité ». Le mal être est gigantesque car en principe la jeunesse s’accroche à la vie.

Le phénomène continue et s’amplifie selon les rapports de la presse nationale malgré le nombre élevé de cadavres repêchés par les gardes côtes. Nos jeunes veulent partir pour se construire, pour se sentir exister loin là de l’hypocrisie ; la médisance; l’indiscrétion, les regards désapprobateurs ; la hogra.. Ils ont payé une fortune pour avoir une place pour un exil suicidaire.

D’après N. Boukrouh « La « harga » n’est pas un acte de révolte, mais la meilleure traduction de l’idée de fuite. On fuit son pays parce qu’on n’y trouve pas son compte ; on le quitte parce qu’on n’y a pas de vie, de travail, de présent, d’avenir. Ce ne sont pas les « harragas » qui sont à blâmer, mais les dirigeants du pays qui en ont fait un paradis pour eux et un enfer pour les autres, en particulier parmi les nouvelles générations qui ont, notamment, le sentiment de faire des études pour rien.

Au lieu de punir, l’État devrait adopter des politiques efficaces à même de retenir ces jeunes en leur permettant de jouir de véritables opportunités économiques sur place, tout en négociant des accords afin que des visas soient plus Ces gens fuient !! au lieu de les mettre en prison l’état devrait plutôt avoir HONTE OUI HONTE car si les gens fuient un pays c’est parce qu’ils s’y sentent mal. Faire de déni de cette terrible souffrance qui fait que la jeunesse de ce pays préfère mourir plutôt que de subir cette longue descente aux enfers que représente leurs vies au jour le jour est une véritable honte. Il est facile de jeter sur eux l’anathème lorsqu’on regarde à la télévision leur corps repêché déformé par l’eau de mer ou enveloppé dans un sac en plastique. Honte à ceux qui accusent nos enfants d’Algérie qui vont à la mort en se jetant à la mer de refuser le travail.

Honte à ceux qui pensent qu’ils ne veulent que du travail facile, il faut être sur les chantiers pour voir que les employeurs leur préfèrent des étrangers bien qu’ils les payent beaucoup plus cher.

Honte à ceux qui pensent que ces jeunes Algériens devraient patienter pour trouver du travail alors qu’ ils se sont sacrifiés eux et leurs parents pour faire des études supérieures qui leur ont demandé des années d’effort tandis que des pistonnés obtiennent des emplois pour lesquels ils ne sont pas formés et qui leurs sont réservés parce que petits fils d’ancien moudjahid ou d’hommes du pouvoir.

Mais quelle indécence et quelle hypocrisie de nier ainsi cette terrible souffrance qui fait que la jeunesse de ce pays préfère mourir plutôt que de subir cette longue descente aux enfers.

S’il y a quelqu’un qu’il faut pointer du doigt, ce sont les Autorités qui ont toujours fait fi des préoccupations légitimes d’une jeunesse qui n’en peut plus de cette mal-vie lancinante et aux lendemains sans lendemain. Au lieu de punir, l’État devrait adopter des politiques efficaces à même de retenir ces jeunes en leur permettant de jouir de véritables opportunités économiques sur place, tout en négociant des accords afin que des visas soient plus facilement accordés aux Algériens désireux de tenter leur chance à l’étranger. »

Le pouvoir mafieux et corrompu, jamais rassasié ne s’est jamais préoccupé de cette jeunesse qui a été leurrée par le terrorisme islamiste, jeunesse qui a tellement aidé lors des inondations de Bab-el-oued, cette jeunesse qui devrait être la sève du pays mais qui est volontairement méprisée.

Il faut donc arrêter cette hémorragie qui a fait trop de dégâts et prendre ses responsabilités Je m’incline devant le courage et de la bravoure ces jeunes Algériens. Je m’incline devant leur persévérance, je m’incline devant l’amour et la foi qu’ils ont en la vie car ils espéraient mieux vivre en bravant la mort.

Je rends hommage à ces milliers de morts, torturés et décomposés par la mer, un gâchis considérable pour mon pays, une perte d’âmes et de potentiel. Allah yerhamhoum.

https://www.youtube.com/watch?v=NuRs7kV09NE

http://hogra.centerblog.net/rub-HARRAGA-Algerie-tes-enfants-te-fuient-.html

 

Dr Ismail GUELLIL

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